Une copie de la Belle Jardinière de Raphaël

Anonyme italien du XVIe siècle, d’après Raphaël (1483-1520), Vierge à l'Enfant avec saint Jean-Baptiste, dit « la Belle jardinière », huile sur toile, 140 x 118,5 cm. Château d’Aulteribe © Alain Longchampt/Centre des monuments nationaux

Documentation

Dominique Cordelier (dir.), Raphaël, son atelier, ses copistes, Paris, Réunion des musées nationaux, 1992.

K. Oberhuber, Raphaël, Paris, éditions du Regard, 1999.

Pierluigi de Vecchi, Raphaël, Paris, Citadelles & Mazenod, 2002.

Œuvre en rapport

Si le tableau présent au château d’Aulteribe n’est qu’une copie du célèbre tableau de Raphaël conservé au Louvre, il est d’une grande qualité au regard des autres copies conservées dans les collections publiques, comme du musée des beaux-arts de Dijon. D’après les archives conservées au château, c’est probablement René de Pierre, qui effectue de fréquents séjours en Italie, qui en fait l’acquisition. Les épaisses couches de vernis de l’œuvre d’Aulteribe empêche de percevoir la qualité des couleurs, mais les comparaisons entre le tableau original et sa copie montrent l’extrême exactitude du dessin. Les seules variations perceptibles se situent au niveau du visage de la Vierge, plus gracieux dans la copie : un sourire s’esquisse, le nez est moins droit.

Pendant les premières années de sa carrière artistique, Raphaël fréquente la cour d'Urbino, où règne alors la famille des Montefeltro. En 1504, Giovanna della Rovere, sœur du duc d'Urbino, recommandait déjà les talents de Raphaël à Pier Antonio Soderini, gonfalonier de la ville de Florence, afin qu’il parachève sa formation. Raphaël se rend à Florence (1505), considéré alors comme le centre artistique le plus avancé de l'époque. Il y rencontre très vraisemblablement Domenico Ghirlandaio, Fra'Bartolomeo, et surtout Léonard de Vinci et Michel-Ange.

Raphaël est d’abord chargé de l'exécution de quelques portraits pour le patriciat florentin, mais exécute surtout un nombre très important de Madones à l'Enfant : La Vierge du grand-duc (Florence, palais Pitti), La Vierge de la prairie (Vienne, Kunsthistorisches Museum), La Belle Jardinière (Paris, Louvre), la Vierge du chardonneret (Florence, Offices). Raphaël s'inspire avant tout de la Madone de Bruges de Michel-Ange (conservé à la cathédrale de Bruges), qu’il a pu voir avant qu'elle ne quitte Florence pour être envoyée aux Pays-Bas. Dans cette sculpture de marbre, la Vierge apparaît presque frontalement, en majesté, la tête légèrement penchée vers l'Enfant qui se tient en équilibre en s'appuyant entre ses cuisses.

Avec ses madones peintes, Raphaël reprend et modifie le dispositif de Michel-Ange : les jambes de la Vierge sont tournées vers la droite, soutenant le corps du petit Jésus ; celui-ci est tourné vers la gauche, en direction de saint Jean-Baptiste enfant. Les trois figurent peuvent ainsi pivoter au sein d’un agencement pyramidal, calé au centre de la composition et intégré par la lumière nuancée d'un paysage, dont on aperçoit les plaines brumeuses.

Ces trois figures, reliées entre elles dans une action à la fois cohérente et naturelle, renvoient aux expérimentations de Léonard, notamment avec la Saint-Anne, de même que le paysage immergé dans l'air vaporeux de l'arrière-plan. La cohérence de la scène est d'autant plus remarquable que Raphaël donne une expression imperceptiblement ambivalente à la Vierge, à la fois attentive et grave. Elle ne sourit pas à son enfant, qu’elle sait voué au sacrifice.
En ce sens, les modifications opérées dans la copie d’Aulteribe sur le visage de la Vierge montrent que l’artiste copiant fidèlement par ailleurs, la toile, n’a pas saisi la subtilité du message délivré par Raphaël.

 

Raphaël (dit), Sanzio Raffaello (1483-1520), La Vierge à l'Enfant avec le petit saint Jean-Baptiste. Huile sur bois, 122 x 80 cm. Paris, musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Tony Querrec

 

Anonyme italien du XVIe siècle, d’après Raphaël (1483-1520), Vierge à l'Enfant avec saint Jean-Baptiste, dit « la Belle jardinière », huile sur toile 40 x 27 cm. Dijon, musée des beaux-arts © Dijon, musée des beaux-arts

Œuvre à la loupe

 

 

 

 

 

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