Un paysage idyllique par Étienne Allegrain

Étienne Allegrain (1644-1736), Paysage idyllique avec une ville en arrière-plan. Huile sur toile, 13 x 20,5 cm. Château d’Aulteribe © Centre des monuments nationaux

Documentation

Inscription au revers du tableau : Étienne Allegrain

 

Accrochage du tableau en 1952 © Centre des monuments nationaux.

A. -J. Dezallier d’Argenville, Abrégé de la vie des plus fameux peintres, Paris, 1762, t. IV, p. 185-188.

Anne Lossel-Guillien, « À la recherche de l’œuvre d’Étienne Allegrain, paysagiste de la fin du règne de Louis XIV », Histoire de l'art, N°4, 1988, p. 69-78.

Pierre Rosenberg (dir.), Nicolas Poussin et son temps, le classicisme français et italien contemporain de Poussin, Rouen, Musée des Beaux-Arts, avril - mai 1961, Paris, 1961.

Œuvres en rapport

Une inscription au revers de ce petit tableau mentionne le nom d’Étienne Allegrain, ce qui correspond tout à fait à l’œuvre du peintre, comme le montrent les tableaux passés en vente publique, particulièrement dans ce petit format, proche de l’estampe (vente Karl & Faber, Munich, 13.11.2015 et vente Aguttes, Neuilly, 16.06.2003).

Étienne Allegrain (1645-1736) est un peintre et graveur français, considéré comme un des meilleurs paysagistes du XVIIe siècle. L’amateur d’art Roger de Piles, très influent à l’Académie royale de peinture et de sculpture et contemporain d’Allegrain, valorise beaucoup ces paysages intellectualisés, dont Nicolas Poussin s’est fait le maître, peintre très admiré à Paris bien s’exerçant en Italie. Après sa réception à l’Académie Royale de peinture et de sculpture en 1677, Étienne Allegrain travaille pour le Trianon de marbre entre 1688 et 1695, puis pour les appartements d'été de la Ménagerie de Versailles en 1700.

Le genre du paysage tend à se diversifier à la fin du XVIIe siècle en France, stimulé par la demande décorative de vues topographiques de Versailles et de ses jardins. Au Grand Trianon interviennent ainsi les peintres Jean-Baptiste Martin (1659-1735), Pierre-Denis Martin (1663-1742), Jean Cotelle (1642-1708) et Étienne Allegrain (1644-1736). Parallèlement, le goût pour le paysage classique, hérité de Nicolas Poussin, ne se dément pas chez les amateurs. Étienne Allegrain répond aussi à cette demande, en produisant des œuvres destinées au marché des amateurs, de moyens et de petits formats, de même que Francisque Millet (1642-1679) avec qui il est souvent confondu. Étienne Allegrain interprète et diffuse en France le « paysage héroïque » de Nicolas Poussin, avec qui il est souvent comparé par ses contemporains, en créant des effets décoratifs supplémentaires à l’aide d’arbres sinueux aux feuillages touffus, de troncs rompus, de fabriques, de vestiges antiques et de silhouettes féminines, préfigurant l’inspiration du prolifique peintre de paysages imaginaires Hubert Robert.

La spécificité du tableau d’Aulteribe réside dans ses effets de lumière, augmenté par un puissant contraste chromatique entre un horizon bleu très lumineux, probablement rendu à l’aide d’un glacis de lapis lazuli, perçant l’ombre des feuillages du premier plan, lui-même subtil et variant les registres colorés du vert. Ce très petit tableau joue ainsi davantage sur l’émotion visuelle et sensorielle que sur l’intellect, quoique les deux couples de personnages ne sont pas sans évoquer par ailleurs, la tradition de l’art de la conversation au sein de la nature. L’art d’Étienne Allegrain se situe à un moment de transition entre l’intellectualisation du sentiment de la nature et sa réception comme un pur moment sensoriel, qui s’épanouit dès la fin du XVIIIe siècle, puis tout au long du XIXe siècle. Ce tableau est sans doute loin d’être unique, puisqu’une paire de paysages (vente Aguttes, Neuilly, 16.06.2003), de format encore plus réduit, et au puissant effet chromatique avec ses couleurs automnales, semble préfigurer l’école de Barbizon et les recherches plastiques du XIXe siècle visant à transformer l’art du paysage en pur espace sensoriel, beaucoup descriptif que ne le sont les paysages de l’école du Nord.

 

Étienne Allegrain (1644-1736), Paysages idyllique avec ruines et fleuve. Huiles sur toile, Vente Karl & Faber, Munich, 13.11.2015 © Artprice

 

Étienne Allegrain, Paysages boisés animés de personnages. Huile sur panneau, 16 x 16 cm. Vente Aguttes, Neuilly, 16.06.2003 © Artprice

 

Étienne Allegrain (1644-1736), Paysage à la rivière. Huile sur toile, 86 x 136 m. Paris, musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / René-Gabriel Ojeda

Œuvre à la loupe

MenuFermer le menu