Un portrait d’homme en rouge attribué à Jacques-François Delyen

Attribué à Jacques-François Delyen (1684-1761), Portrait d’homme, vers 1690. Huile sur toile, 80,5 x 64,5 cm. Château d’Aulteribe © Centre des monuments nationaux

Documentation

Dominique Brême, L'art du portrait sous Louis XIV, dossier de l'art, n°37, Paris, Somogy, 1997, p. 52. Gérard de Wallens, « Delyen (Jacques-François) », dans Allgemeines Künstlerlexikon. vol. 26, Munich, 2000.

Gerard de Wallens, « Les deux morceaux de réception de Jacques-François Delyen (Gand 1684 - Paris 1761). Étude matérielle, historique, technique et stylistique », dans La Revue des Archéologues et Historiens d'Art de Louvain (1994), Louvain-La-Neuve, 1996.

Œuvres en rapport

Ce portrait d’homme au manteau se présente de trois quarts vers le spectateur, poudré d'une longue perruque, dite « Léonine », dans un manteau de velours bleu doublé de satin rouge orangé selon l’éclairage du tableau. Le style de la perruque renvoie aux années 1690-1700, avec un port peu élevé et des cheminées légèrement écartées. Il porte en outre une « chaconne », un ruban de dentelles très porté dans les années 1690.

Ce tableau, peint dans les dernières années du XVIIe siècle ou au tout début du XVIIIe siècle, est un exemple typique de l’art du portrait à l’aube du XVIIIe siècle. La pose est très stéréotypée, avec un buste présenté de profil et un visage de trois-quarts, très semblable aux nombreux portraits de gentilhommes exécutés par Hyacinthe Rigaud ou Nicolas de Largillière, deux grands portraitistes prolifiques du XVIIe siècle avec François de Troy.

Nicolas de Largillière (1656-1746), peintre né à Anvers, est du reste très proche de Hyacinthe Rigaud. Ils se partageant la même clientèle, mais leurs manières diffèrent cependant, Largillière étant plus fougueux au regard de la manière lissée de Rigaud. Figures incontournables du triumvirat français du portrait, avec François de Troy, les deux hommes officiaient en même temps à l'Académie Royale, parvenant aux plus hauts postes au sein de cette institution. Par ses notations réalistes, comme le velouté de la moustache, les contrastes d’ombres et de lumière, le fini lisse de la surface peinte et la complicité entre le modèle et son spectateur, ce portrait se situe indéniablement dans le cercle de Nicolas de Largillière.

L’artiste est formé à Anvers et c'est dans la ville flamande qu'il a commencé son apprentissage dans l’atelier d'Antoine Goubeau à partir de 1668, influencé avant tout par Rubens et les maîtres flamands.  Il se rend ensuite à Londres, où il s’installe de 1675 à 1679, et fréquente notamment Peter Lely (1618-1680), Premier Peintre de Charles II, qui lui confie de nombreuses commandes de restauration. Largillierre découvre à Londres l’art du portrait et assimile les leçons de van Dyck.

De retour en France, après 1689, il devient l'un des peintres de portraits les plus recherchés, même si le peintre s’adonne également à la peinture d’histoire ou à la nature morte. Ses portraits sont appréciés pour leur ressemblance et leur sensibilité avec laquelle il a, dans la tradition flamande de Rubens et van Dyck. En 1686, il est admis à l'Académie royale de peinture et de sculpture. Il y devient professeur en 1705 avant d’en devenir le directeur de 1736 à 1743. Le nom de Jean-François Delyen (1684-1761) a également été évoqué pour ce tableau. Ce peintre se rapproche stylistiquement de Nicolas de Largillierre, chez qui il entre en apprentissage aux alentours de 1710-1715. Il est reçu à l’Académie Royale le 24 novembre 1725 sur présentation des portraits de Nicolas Bertin et de Guillaume Coustou. Il expose alors régulièrement aux salons de l'Académie de 1737 à 1747. Jacques François Delyen est reconnu par ses contemporain à sa manière de conjuguer le goût et la technique flamande à la maîtrise française. C’est pour cette raison que le portrait d’Aulteribe doit lui revenir.

Morwena Joly

 

Troy François de (1645-1730) (attribué à), Inconnu au manteau rouge. Huile sur toile. Magny-les-Hameaux, musée de Port-Royal des Champs © RMN-Grand Palais (musée de Port-Royal des Champs) / Gérard Blot

 

Nicolas de Largillière (1656-1746), Portrait d'un homme en robe pourpre, v. 1700. Huile sur toile 79 × 62 cm. Cassel, Museumslandschaft Hessen Kassel, Neue Galerie © Wikipedia

 

Jacques-François Delyen (1684-1761), Guillaume Ier Coustou (1677-1746), sculpteur. Huile sur toile, 130 x 97 cm. Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon © Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin

 

Jacques-François Delyen (1684-1761), Autoportrait. Huile sur toile, 90 x 70 cm. Nîmes, musée des Beaux-arts © Wikipedia

Œuvre à la loupe

 

 

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