Atelier d’Eustache Le Sueur, Vision de Sainte Rose ou Sainte Dorothée

Atelier d’Eustache Le Sueur (1616-1655), Vision d’une sainte (Sainte Rose ? ou Sainte Dorothée ?), huile sur toile, 110x 120 cm, château d’Aulteribe. © Centre des Monuments nationaux

Documentation

Alain Mérot, Eustache Le Sueur (1616-1655), Paris, Arthéna, 1987, p.43 et n°R. 61.

Marguerite Sapin, « Précisions sur l’histoire de quelques tableaux d’Eustache Le Sueur », Bulletin de la Société de l’Histoire de l’Art français, année 1984, Paris, 1986, n°54.

Œuvres en rapport

Cette œuvre a été attribuée par Marguerite Sapin en 1986 à l’atelier d’Eustache Le Sueur, attribution confirmée par Alain Mérot l’année suivante. Eustache Le Sueur, né en 1616 à Paris et mort en 1655 dans la même ville, est l’un des grands peintres français de la première moitié du XVIIe siècle. Elève de Simon Vouet, premier peintre du roi, Le Sueur n’effectue pas le voyage en Italie et découvre donc l’art de ce pays par le biais des collections royales. Le retour en France de Poussin, entre 1640 et 1642, marque un tournant dans la carrière de Le Sueur. Au contact de l’art du plus italien des peintres français, il éclaire sa palette et campe ses personnages dans des attitudes nobles et dans des compositions très calculées. C’est à cette époque également, au cours des années 1640-1650, que le peintre s’attache, avec d’autres membres fondateurs, à définir les bases de la pédagogie de l’Académie royale de peinture et de sculpture, dont il devient un des premiers professeurs.

Il devient alors le chef de file d’un nouveau style de peinture, qu’il participe à créer, l’atticisme. Ce dernier se veut en opposition à l’art de son ancien maître Simon Vouet, et se caractérise par une tendance classicisante, en refusant par exemple la multiplication des plans et des personnages, par une idéalisation des poses et des figures humaines, par une palette claire et par une référence permanente à l’antique et à l’art de Raphaël. Les œuvres atticistes sont ainsi conçues selon des compositions soigneusement organisées. Le cycle de La vie de saint Bruno (commandé en 1645) consistant en vingt-deux tableaux, la plus grande commande de Le Sueur, est assez caractéristique de cette nouvelle manière. Eustache Le Sueur est également l’un des membres fondateurs, et un des premiers professeurs, de l’Académie royale de peinture et de sculpture qui ouvre ses bancs en 1648.

L’œuvre du château d’Aulteribe s’inscrit pleinement dans la peinture atticiste par son nombre réduit de personnages, leur attitude emplie de noblesse et de sévérité, par son strict respect des plans et par la palette claire.

Marguerite Sapin, dans son article de 1986, relie l’œuvre d’Aulteribe à une description ancienne datée de 1653 par Florent le Comte faisant référence à une œuvre peinte par Le Sueur pour le « doyen de Notre-Dame » représentant « un ange qui apporte à un Saint [sic.] un panier plein de fleurs ». Elle identifie la sainte mentionnée par Le Comte à sainte Dorothée, qui connut pareille vision (elle vit un ange qui lui offrit une corbeille de pommes et de roses du Paradis), mais la sainte a parfois été identifiée comme sainte Rose. Marguerite Sapin poursuit sa recherche de provenance en citant deux passages possibles sur le marché de l’art pour cette œuvre : en 1777 à la vente de feu le prince de Conti au Palais du Temple ; et le 16-17 juin 1797 toujours à Paris pour la vente de la collection de M…. . Enfin Marguerite Sapin associe l’œuvre d’Aulteribe à un dessin conservé au musée du Louvre datée d’après 1646-1647 et représentant une femme agenouillée, dans une position assez proche de celle de la sainte de la Vision. Cette position, celle du dessin et donc du tableau d’Aulteribe, se retrouve également dans une œuvre attribuée à l’atelier d’Eustache le Sueur représentant sainte Catherine et conservée en l’église Saint-Etienne du Mont à Paris. Le dessin du Louvre serait ainsi pour elle à l’origine de ces deux compositions de l’atelier.

Alain Mérot, dans sa monographie sur Le Sueur aux éditions Arthéna, relie plus directement les œuvres d’Aulteribe et de Saint-Etienne-du-Mont, qu’il pense de la même main, main qu’il suggère d’identifier peut-être à Thomas Goussé, beau-frère et élève de Le Sueur. Pierre Rosenberg est quant à lui favorable à une attribution à Le Sueur de l’œuvre d’Aulteribe.

Les arguments avancés par Marguerite Sapin et Alain Mérot ainsi que l’observation matérielle de l’œuvre qui, en dépit de sa qualité globale, présente quelques faiblesses, notamment au niveau des visages, pourrait faire pencher l’attribution du côté de l’atelier d’Eustache Le Sueur. Cependant, l’œuvre d’Aulteribe reste de bien meilleure qualité que celle de Saint-Etienne-du-Mont, ce qui semble exclure la possibilité qu’il s’agisse de deux œuvres d’un même peintre.

 

Eustache Le Sueur (1616-1655), Femme vêtue d'une robe et d'une draperie, les bras écartés, un genou à terre, 38,5 x 28,6 cm, pierre noire sur papier gris-brun, Paris, Musée du Louvre. © Musée du Louvre.

 

Eustache Le Sueur (1616-1655), La Salutation Angélique, huile sur toile, 297 x 227 cm, Paris, musée du Louvre. © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Adrien Didierjean.

 

Eustache Le Sueur (1616-1655), Vie de saint Bruno : saint Bruno enlevé au ciel, huile sur toile, 193 x 130 cm, Paris, musée du Louvre. © 2013 RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Adrien Didierjean

 

Elève d’Eustache Le Sueur (Thomas Goussé ?), Le Martyre de sainte Catherine, huile sur toile, 160 x 120 cm, Paris, église Saint-Etienne-du-Mont. © COARC/Emmanuel Michot.

 

Elève d’Eustache Le Sueur (Thomas Goussé ?), Le Martyre de sainte Catherine, huile sur toile, 160 x 120 cm, Paris, église Saint-Etienne-du-Mont. Détail. © Antoine Lavastre.

 

Œuvre à la loupe

 

 

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