Portrait de Marie-Rosalie de Bouteilles de Brantôme et de son fils George

Aidez-nous à découvrir qui peut-être l'auteur de ce double portrait représentant George Onslow et sa mère !

Anonyme, Portrait de Marie-Rosalie de Bourdeilles de Brantôme, épouse d'Edward Onslow, avec son fils George, 1790. Huile sur toile, 88,5 x 71 cm © Centre des monuments nationaux.

 

Documentation :

Baudime Jam, George Onslow, Les Éditions du Mélophile, Clermont Ferrand, 2003.
Baudime Jam, George Onslow et l’auvergne, Les Éditions du Mélophile, Clermont Ferrand, 2011.

 

Campagne photographique de 1952 © Centre des monuments nationaux.

 

Œuvres en rapport 

 

Ce double portrait représente Rosalie Marie de Bourdeilles (1761-1842), fille de Jean-Hugues de Bourdeilles (1724-1775) et de Marguerite de Gay de Planhol (1726-1778), avec son fils. Elle se marie en 1783 avec Edward Onslow (1758-1829), père du compositeur George Onslow (1784-1853), qui se marie lui-même avec Delphine de Fontanges en 1808. De cette union naîtra, entre autres, Henriette Onslow (1814-1883), qui par son mariage en 1839 avec le marquis Joseph de Pierre (1807-1885), devient une résidente importante d’Aulteribe et apporte sa marque à la collection de peinture.

Selon la légende familiale, Edward Onslow, gentilhomme anglais, visite l’Auvergne vers 1782. Lors d’une visite à la Supérieure des Ursulines de Clermont, il aurait entrevu au couvent une jeune pensionnaire d'une extrême beauté en la personne de Rosalie Marie de Bourdeilles de Brantôme, fille de la vieille noblesse auvergnate issue de la branche cadette du fameux chroniqueur périgourdin.  Le mariage est scellé deux ans plus tard et de cette union sont issus quatre garçons dont George est l’ainé. 

Le portrait avec enfant connaît une grande vogue à la fin du 18e siècle, le plus célèbre dans ces mêmes années étant celui de la peintre Elisabeth Vigée-Lebrun et de sa fille, dont la renommée a été assurée par l’estampe. Il n’est donc pas étonnant de voir cette dame de qualité se faire portraiturer dans une scène illustrant l’amour filial. Au château d’Aulteribe, ce tableau doit être mis en relation avec la paire de portraits ovales représentant Edward Onslow et son épouse, qui sont accrochés dans la « chambre du père » au moment de la donation du château en 1952, tandis que le double portrait orne une autre chambre.

 

 

Anonyme, Portrait d’Edward Onslow. Huile sur toile, 63,5 x 53 cm © Centre des monuments nationaux.

  

 

Anonyme, Portrait de mademoiselle de Bourdeilles, épouse d’Edward Onslow. Huile sur toile, 63,5 x 52,5 cm © Centre des monuments nationaux.

 

La famille Onslow est ainsi très présente au château, ravivant la mémoire d’Edward Onslow (1758-1829), fervent royaliste à l’histoire singulière. Au-delà de la légende du gentilhomme anglais tombé subitement amoureux lors d’un voyage en Auvergne, il faut rappeler qu’en 1781, Edward Onslow issu de la célèbre famille Surrey, avait tout juste commencé une carrière politique en tant que député de l’arrondissement d’Aldborough. « Ned » s’était distingué comme « un homme généralement estimé et considéré, à la fois dans la vie publique et privée », contrairement à son père « Black George » Onslow, un intrigant politique notoire. En dépit de cette bonne réputation, le cours de la vie d’Edward bifurque quand il est accusé d’avances homosexuelles envers Phelim Macarty lors d’une rencontre à la Royal Academy Exhibition de Londres. L’affaire a été portée devant un magistrat, avec des témoignages crédibles de l’affaire. Le scandale a été largement rapporté, bien qu’il semble que l’histoire « abominable » aie d’abord semblée improbable pour les Onslow. Cependant, selon un commentateur, Edward aurait tout avoué à sa famille, admettant que « la passion qu’il ressentait était hors de tout contrôle[1] ». Edward, en accord avec sa famille, décide de s’exiler afin d’éviter les conséquences du crime présumé et quitte Clandon pour Clermont-Ferrand. 

Le Centre d’histoire de Surrey détient aujourd’hui des lettres et des documents portant principalement sur l’héritage de la succession d’Edward. Ceux-ci ont été déposés par le comte d’Onslow, mais semblent avoir été en possession l’arrière-arrière-petite-fille d’Edward, Valentine Onslow, résidente en Ontario, au Canada. Les journaux d’Onslow comprennent également une lettre de 1808 d’Edward Onslow à ses parents concernant des questions familiales et financières, une copie de ses volontés en 1810 ainsi que du lignage de la branche française de la famille (Réf.G173/1/4, chapitre XXI). La collection de la bibliothèque contient plusieurs ouvrages publiés concernant la famille Onslow et ses domaines. Parmi les documents figure également l’estampe qui sert vraisemblablement de modèle au portrait présent à Aulteribe.

 

 

Portrait d’Edward Onslow, estampe, fin 18e siècle (Château d’Aulteribe).

 

L’affaire anglaise d’Edward Onslow n’a pas été subitement oubliée à son arrivée en France. L’ouvrage de Baudime Jam (2011) précise en effet les difficultés rencontrées en territoire français. Certes, le noble anglais est riche, ce qui n’est pas le cas de la famille française, mais le mariage entre un anglican et une catholique pose problème. L’évêque de Clermont y met de la mauvaise volonté. Une cérémonie a lieu à l’hôtel de l’ambassadeur d’Angleterre, mais l’évêque clermontois ne reconnaît pas ce mariage. On sollicite le Garde des Sceaux, qui en appelle à un autre évêque. In fine, le Conseil des consciences qui siège à la Sorbonne, reconnaît l’union.

Les Onslow parviennent cependant à intégrer la bonne société clermontoise, mais la Révolution va changer la donne. En pleine la Terreur (1793), Edward, noble et Anglais, est emprisonné. Le Clermontois Couthon, un des hommes importants de l’époque, qui a fréquenté la même loge maçonnique qu’Onslow, le fait libérer au bout d’un mois, et obtient qu’il soit simplement surveillé par deux gardes nationaux qui rapportent ses faits et gestes. La Terreur renversée, Edward Onslow devient la figure emblématique des royalistes clermontois. Mais en 1797, le « Milord Onslow » est impliqué dans un drame sanglant, l’affaire du Bois-de-Cros. Un club de « patriotes » se réunissait là, dans une auberge, ce qui apparaît comme une insulte pour les royalistes. Une attaque contre cette assemblée laisse quatre morts et douze blessés graves. En conséquence, le 23 décembre 1797, Edward est arrêté et passe une nuit en prison. Il est libéré « faute d’un chef d’inculpation suffisant », puis est poussé à l’exil, en raison de l’anglophobie croissante. Son fils aîné, George, l’accompagne en Hollande et en Allemagne. Un long périple de deux ans, pendant lesquels il étudie le piano auprès de grands maîtres. Ils rentrent sous le Consulat, mais la vie ne sera plus comme avant. Quand Napoléon ordonne le blocus de la Grande-Bretagne, les Onslow ne reçoivent plus la pension versée par leur famille. Ils devront tenir jusqu’à Waterloo pour que tout rentre dans l’ordre. Edward s’éteint en 1829, dans son domaine de Chalendrat, au nord d’Issoire.

 

Œuvre à la loupe : 

 

 

 

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