Une Joyeuse compagnie de Louis de Caulery

Une Joyeuse compagnie de Louis de Caulery

Louis de Caulery (1580-1621), Joyeuse compagnie, début du XVIIe siècle. Huile sur bois, 48 x 69,7 cm. Château d’Aulteribe. © Philippe Berthé/Centre des monuments nationaux.

Description matérielle

Huile sur support de bois constitué de deux planches horizontales. Parquetage.

 

Documentation

Franits, Wayne, Peinture de genre hollandaise du XVIIe siècle, Yale UP, New York, 2004.
Rosen, Jochai, « La scène hollandaise du poste de garde de l'âge d'or : une définition », Artibus et Historiae , Vol. 27, n° 53 (2006), p. 151-174.
Webster, Erin L., critique de « L’art et de la culture de l'amour dans la Hollande du XVIIe siècle », par H. Rodney Nevitt, The Sixteenth Century Journal, Vol. 35, n° 2 (été 2004), p. 550-552.

Œuvres en rapport

Les scènes dites de « joyeuses compagnies » ont joui d’une vogue relativement éphémère au cours des quelque trente premières années du XVIIe siècle en Hollande. Au sein de la République hollandaise, le temps des loisirs était rare et en retour connoté de manière très positive. De ce fait, les « joyeuses compagnies » ont été pour les peintres de genre un thème aussi important que le travail. Elles représentent des groupes d’hommes et de femmes jeunes, élégamment vêtus, attablés et jouant de la musique. Elles illustrent parfois les excès avec une condamnation morale implicite. La société calviniste de la République réprouvait sévèrement les vêtements voyants, les excès alimentaires, l’oisiveté et, c’est bien là l’esprit que diffusent les inscriptions sévères qui accompagnent les estampes de Cornelis van Kittensteyn, exécutées d’après des scènes de joyeuses compagnies de Dirck Hals. Mais la définition d’une « joyeuse compagnie » englobe en réalité plusieurs types de peinture. Les scènes peuvent prendre place dans une maison, un jardin ou une taverne, et les personnages peuvent aussi bien être élégants et évoluer dans de riches intérieurs, qu’être en train de boire avec des prostituées. Ici, la joyeuse compagnie est élégante, et semble simplement célébrer les plaisirs de la sociabilité.

Les principaux artistes flamands qui ont pratiqué ce genre se nomment David Vinckboons, Frans Francken II et son oncle Hieronymus I, ou son frère Hieronymus II, Sebastian Vrancx , Louis de Caullery. Tous peignant des scènes courtoises, de petit format, représentant de petites figures avec une attention portée aux décors architecturaux à l'intérieur ou à l'extérieur de somptueux palais.

Cette œuvre peut être rapprochée de celles de Louis de Caulery (ou de Caullery). Ce dernier est né aux alentours de 1580, peut-être à Cambrai, et meurt à Anvers entre 1621 et 1622. Après un apprentissage auprès de J. II de Momper, il devient maître de la guilde de Saint Luc d’Anvers en 1602. Très renommé à son époque comme en témoigne le nombre de ses tableaux présents dans les collections anversoises du XVIIe siècle, seules quatre peintures lui sont attribuées aujourd’hui avec certitude, celles-ci étant signées. Il s’agit d’une « Adoration des mages » (Stuttgart, Staatsgal.), d’un « Triomphe de Bacchus » (Londres, vente 1979), du « Carnaval dans la neige » (Hambourg, Kunsthalle) et, des « Cinq sens » (Cambrai, musée des beaux-arts). À partir de ces œuvres, une cinquantaine d’autres lui sont attribuées par analogie. Il semble ainsi être l’auteur aussi bien de peintures d’histoire que de scènes de genre mettant en scène des bals et des fêtes, aussi bien en intérieur qu’en extérieur.

La manière du panneau d’Aulteribe se caractérise par l’aspect « poupée » des personnages –caractéristique de Caulery, par une attention portée aux costumes dont les détails, notamment les broderies, sont presque dessinés et par des rehauts de blanc marqués au niveau des yeux et de la pointe du nez.

La joyeuse compagnie d’Aulteribe semble pouvoir ainsi être attribuée à Caulery. Au-delà des ressemblances stylistiques, de nombreux tableaux attribués à Caulery présentent des éléments de composition que nous retrouvons dans le panneau d’Aulteribe. Ainsi, une œuvre conservée au Boijmans van Beuningen museum de Rotterdam offre une composition assez semblable, notamment dans la disposition des personnages (deux sont isolés au centre tandis que des groupes galants s’organisent autour) et de la perspective de la salle de bal. Une autre œuvre passée en vente à Monaco en 2014 et attribuée à Caulery comprend le même duo central, ainsi que le couple d’enfants. Ce duo central, et principalement la femme, est un motif très récurrent dans les œuvres attribuées à Caulery. En ce qui concerne le décor de la scène, une salle de bal très similaire (même organisation des tableaux aux murs, mêmes vitraux, même lustre etc.) se retrouve dans un panneau passé en vente chez Sotheby’s à Londres en 1995 et dans un autre passée en vente à Londres chez Christie’s en 2015.  Enfin dans un panneau passé en vente chez Christie’s en 2013, c’est la scène galante des deux personnages assis sur le banc tout à gauche de la composition qu’il est possible de retrouver.

 

Louis de Caulery ou Abel Grimmer, Salle de bal de style Renaissance, 1600-1620. Huile sur bois, 74,3 x 52,5 cm, Rotterdam, Boijmans von Beuningen museum. © Boijmans von Beuningen museum.

 

Louis de Caulery (vers 1580-1620/1621), Fête dans un intérieur ou Les cinq sens, huile sur panneau, Cambrai, Musée des Beaux-arts. © Wikipedia.

 

Louis de Caulery (attribué à), Interior with elegant company dancing, huile sur bois, 49 x 72 cm, Londres, Sotheby’s, 05. 07. 1995. © Sotheby’s.

 

Louis de Caulery (att. à), A palace interior with elegant couples courting at a ball, huile sur bois, 49.8 x 71.3 cm, Amsterdam, Christie’s, 20.11.2013. © Christie’s.

Œuvre à la loupe

 

 

 

 

 

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