Erasme Quellin, Salomon offrant des sacrifices pour inaugurer le temple

Erasme Quellin (1635-1715), Salomon offrant des sacrifices pour inaugurer le temple, v. 1650. Huile sur toile, 64,5 x 60,5 cm. Château d’Aulteribe © Philippe Berthé/Centre des monuments nationaux.

Description matérielle

Inscription manuscrite au revers, sur le châssis, au crayon : Gérard Lairesse. Œuvre rentoilée.

 

Revers du tableau

Documentation

Dans le sillage de Rubens, Erasme Quellin, [Cassel, musée de Flandre, 5 avril - 7 septembre 2014]. cat. exp., sous la dir. de Jean-Pierre De Bruyn, Gand, Snoeck Publishers, 2014.

Le siècle de Rubens dans les collections publiques françaises [Paris, Grand Palais 17 novembre 1977-13 mars 1978], cat. exp. sous la dir. de Jacques Foucart, Paris, 1977, n° 106.

Notice du tableau en ligne sur le RKD, mais non localisé au château d’Aulteribe : attributed to Jan Erasmus Quellinus (rkd.nl)

Œuvres en rapport

Cette œuvre est attribuée, par une inscription manuscrite présente au revers du tableau, au peintre Gérard de Lairesse, (v.1641-1711). Cette attribution à néanmoins été corrigée par Jacques Foucart à l’occasion de la présentation de l’œuvre lors de l’exposition Le Siècle de Rubens dans les collections publiques françaises du Grand Palais. Cette attribution peut être appuyée à la fois par la palette, la composition baroque, marquée par l’étagement de la scène sur plusieurs niveaux, la multiplication des plans et des personnages mais aussi l’influence classique par le biais de l’architecture, telle qu’elle s’affirme chez Erasme Quellin vers les années 1650.

Jan Erasmus Quellinus, ou Erasme Quellin (1634-1715), est un célèbre peintre anversois issu de la dynastie d’artistes des Quellinus (francisé en Quellin), qui voit affluer les commandes à la mort de Peter Paul Rubens. Il se forme à Anvers auprès de son père Erasmus Quellinus II, peintre très influencé par la manière de Rubens. Erasme Quellin devient lui-même l’élève de Rubens, puis un proche collaborateur dès 1630. Il participe pleinement au rayonnement artistique d’Anvers, notamment par son érudition. Il a également de riches échanges avec Anton van Dyck, dont la manière raffinée influence Quellin dès 1640.

L’influence rubénienne est notamment visible à ses débuts dans le traitement des corps, les compositions baroques ainsi que dans le soin apporté aux rendus des matières. Afin de compléter sa formation, Erasme Quellin se rend en Italie où il séjourne à Naples, Florence, Rome et Venise. Ce sont les peintres vénitiens qui le marquent, notamment de Véronèse, le peintre des Noces de Cana, à qui il emprunte ses compositions fortement théâtralisées, avec des décors amples et transparents, mais également une gamme chromatique : les teintes se font plus douces, avec des jaunes étincelants, des rouges plus légers, des rose tendres et des bleus clairs lumineux, comme dans le tableau conservé à Aulteribe ou La naissance de la Vierge conservé au musée du Prado.

À son retour à Anvers, il est inscrit comme maître de la guilde de Saint-Luc en 1660-1661. Il épouse par la suite la fille du peintre David II Teniers et fonde un grand atelier dans lequel il forme de nombreux apprentis. Si plusieurs de ses œuvres majeures sont marquées par le baroque de Rubens, progressivement, une certaine retenue dans la gestuelle, l’affirmation de décors architecturaux (comme dans Téthys plongeant Achille dans un vase contenant l’eau du Styx, 1668. Vente Sotheby’s, Amsterdam, 18.05.2004) monumentaux et l’affirmation d'une palette chatoyante font considérer Quellin comme l’un des précurseurs du classicisme dans la peinture flamande. Son rayonnement s’amplifie à la mort de Rubens en 1640, et il reçoit de nombreuses commandes officielles, notamment religieuses. La Contre-Réforme (réaction catholique romaine contre la Réforme) va stimuler la commande religieuse à partir de la reconquête d’Anvers en 1585. C’est dans ce cadre que Quellin est choisi par les Jésuites et les Dominicains, car le triomphalisme religieux trouve sa parfaite traduction artistique dans le baroque.

L’iconographie de l’œuvre d’Aulteribe peut être identifiée comme l’inauguration du Temple nouvellement construit par Salomon. Selon le Premier Livre des Rois, le roi Salomon inaugure le temple construit par Hiram, situé à l’endroit où il réalisait ses sacrifices, en rappelant son rôle particulier de lieu de prière pour son peuple. Le personnage couronné serait ainsi Salomon regardant en direction du ciel où un ange lui apparait au-dessus de l’arche d’Alliance. En dessous, un agneau est sacrifié pour célébrer l’évènement. Une esquisse préparatoire passée en vente chez Christie’s en 2011 montre qu’à l’origine le peintre avait pensé peindre l’idolâtrie de Salomon, une iconographie bien plus commune. En effet, dans l’esquisse une statue du dieu romain Mars remplace l’arche d’Alliance.

 

Erasme Quellin (1635-1715), La naissance de la Vierge, vers 1650-1660. Huile sur toile, 200 x 170 cm, Madrid, musée du Prado © Wikipédia.

 

Erasme Quellin (1635-1715), Téthys plongeant Achille dans un vase contenant l’eau du Styx, 1668. Huile sur toile, 82,5 x 55,5. Amsterdam, vente Sotheby’s, 18.05.2004. © Sotheby’s.

 

Erasme Quellin (1635-1715), Idolâtrie de Salomon. Pierre noire, fusain, encre noire gouache et aquarelle sur papier brun, 64 x 55,8 cm. Londres, vente Christie’s, 05.07.2011. © Christie’s.

Œuvre à la loupe

 

 

 

 

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