Marie-Adélaïde de Savoie, Françoise Marie de Bourbon ou Marie-Anne de Bourbon ?

S'agit-il d'un portrait de Marie-Adélaïde de Savoie, de Françoise Marie de Bourbon ou de Marie-Anne de Bourbon ?

Atelier de François de Troy (1645-1730) ou Alexis Simon Belle (1674-1734), Portrait présumé d'Elisabeth Charlotte d'Orléans, duchesse de Lorraine (1676-1744). Huile sur toile, 89,5 x 68,5 cm. © Centre des monuments nationaux.

Documentation

Préparation brun-rouge visible par endroits, décoloration du pigment bleu. Œuvre rentoilée.

 

Campagne photographique de 1948 © Centre des monuments nationaux.

Œuvres en rapport

Si l'on considère la seule ressemblance physique, le portrait pourrait être celui de Marie-Adélaïde de Savoie (1685-1712), princesse issue de la Maison de Savoie, et par mariage duchesse de Bourgogne puis dauphine de France. Elle est la mère de Louis, duc d'Anjou, qui devient roi de France sous le nom de Louis XV. Mais dans notre tableau, l'absence d'hermine au manteau bleu pose tout de même problème puisqu'il s'agit d'une princesse.

Ce manteau bleu, du reste, pourrait bien être un manteau ducal. On peut alors songer à Françoise Marie de Bourbon (1677-1749), dite "Mademoiselle de Blois", duchesse d'Orléans en 1692. Les deux femmes portent un brassard doré similaire, faisant bouffer le haut de la manche, mais les traits semblent assez éloignés. L'art du portrait des dames de la Cour n'aide guère, car force est de constater que nombre d'entre eux sont très idéalisés, que ce soit dans le traitement de la carnation que celui des traits. Le même peintre, François de Troy, a du reste portraituré son aînée, Marie-Anne de Bourbon (1666-1739), première Mademoiselle de Blois, princesse de Conti en 1680, qui présente des traits nettement plus compatibles avec le portrait d'Aulteribe. Il reste aussi à évoquer, outre le problème de l'idéalisation, celui de l'identification des personnes représentées par le vendeur lui-même. Henriette Onslow, si l'on suppose que cette fille et petite-fille de royaliste revendiqués est à l'origine de cette collection de portraits royaux, a tout aussi bien pu croire acheter un portrait d'une dame identifiée et en posséder en réalité un autre.

Si on porte attention à l'accrochage initial du tableau, probablement signifiant puisque qu'il n'y pas homogénéité de format ou même de forme, on constate que le portrait est placé à côté de celui présumé du Duc d'Orléans. Il pourrait alors représenter Elisabeth Charlotte d'Orléans (1676-1744), duchesse de Lorraine, dite « Mademoiselle de Chartres » et fille de « Monsieur » duc d'Orléans et frère de Louis XIV. Elle est, par son fils François, époux de Marie-Thérèse d'Autriche, la grand-mère de Marie-Antoinette et l'ancêtre de tous les Habsbourg-Lorraine actuels. Et c'est en effet celle qui ressemble le plus à notre portrait.

Selon la majorité des hypothèses, le portrait relève dans tous les cas de la famille d'Orléans. La question qui se pose alors est pour quelle raison une famille royaliste convaincue depuis Edward Onslow collectionnerait les portraits de la famille d'Orléans, cette branche cadette dont est issu Philippe d'Orléans, dit Philippe Egalité, qui vote la mort du Roi ? Dans les collections du château d'Aulteribe figure nombre d'objets votifs, très répandus à l'époque, évoquant la mort de Louis XVI, et même une « relique » avec un dessin attribué à Madame Royale, qui l'aurait exécuté lors de son séjour à la prison du Temple. Peut-être faut-il voit dans ce choix de portraits de la famille d'Orléans une manière de d'évoquer encore la tragédie de la monarchie française ?

 

Anonyme français, Portrait de Marie Adélaïde de Savoie, vers 1698. (Italie, Turin, galerie Sabauda) © Archives Alinari, Florence, Dist. RMN-Grand Palais / Mauro Magliani

 

François de Troy (1645-1730), Françoise Marie de Bourbon, "Mademoiselle de Blois", duchesse d'Orléans en 1692 (1677-1749). Huile sur toile, 141 x 105 cm. (Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon) © RMRMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Daniel Arnaudet / Gérard Blot

 

 

François de Troy (1645-1730), Marie-Anne de Bourbon, Mademoiselle de Blois, princesse de Conti en 1680 (1666-1739), 1680. Huile sur toile, 50 x 39 cm (Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon) © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Daniel Arnaudet / Gérard Blot

 

Atelier de Pierre Gobert (1662-1744), Portrait d'Elisabeth Charlotte d'Orléans, duchesse de Lorraine (1676-1744). Huile sur toile, 82 x 65 cm. (Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon) © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Jean Popovitch

Œuvre à la loupe

 

 

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