Un portrait d’enfant de Jean-Baptiste Greuze

Jean-Baptiste Greuze (1725-1805), Portrait d’un enfant. Huile sur toile, 37,8 x 32 cm. Château d’Aulteribe © Centre des monuments nationaux

Documentation

Martin Jean, J.-B. Greuze catalogue raisonné, G. Rapilly, 9, quai Malaquais, Paris, 1908

Munhall Edgar, Novosselskaya Irina, Greuze the Draftsman, catalogue d’exposition, New York, The Frick Collection, du 14 mai au 2 août 2002, London, Merrell, 2002.

Œuvres en rapport

Il existe plusieurs versions de ce portrait de petit garçon qui passent régulièrement en vente publique. Ce portrait illustre le goût pour la représentation de la jeunesse du peintre, qui rejoint les préoccupations morales de l’époque et l’intérêt grandissant pour les mœurs des campagnes, le respect de la vieillesse, l’enfance et l’éducation. À travers ses portraits, Jean-Baptiste Greuze développe un genre nouveau, une peinture d’observation des sentiments qui place pour la première fois l’insouciante et l’innocence, au centre de l’attention. Ce portrait peut être rapproché d’autres portraits, comme celui conservé musée Cognacq-Jay ou celui du musée Condé, au point que l’on peut se demander s’il ne s’agit pas du même modèle, un peu plus âgé. La comparaison est intéressante, et montre combien Greuze sait saisir des émotions les plus fugaces du plus jeune âge, sur le mode de la variation.

Greuze a esquissé de nombreux portraits d’enfants dont la spontanéité naturelle capturée en font des sujets propices à la réflexion qui ravissent l’œil de ses plus érudits contemporains. Loin des figures de porcelaine de certaines de ses œuvres, qu’il exécute en abondance, ici le trait est souple et enlevé, comme dans le très beau portrait du Petit Boudeur vendu par Christie’s en 2010. Ses portraits d’enfants ont séduit de nombreux collectionneurs et ont connu un succès considérable.

Jean-Baptiste Greuze, né à Tournus en 1725, a occupé une place importante dans l’art français du XVIIIe siècle, célèbre dans toute l’Europe du siècle des Lumières. Son œuvre a été diffusée par la gravure, de son vivant et bien après, servant de modèle dans les écoles de dessins, notamment avec les têtes de caractère. Greuze dessine en effet un grand nombre de têtes isolées et expressives, la plupart du temps à la sanguine, parfois au pastel qui ont été gravées, et parfois peintes, conférant ainsi à la tête d’expression un statut d’œuvre d’art à part entière et créant même un véritable courant artistique comme en témoignent les nombreuses têtes aujourd’hui présentes dans des collections internationales.

Formé dans l’atelier d’un maître lyonnais qu’il suit à Paris en 1750, Jean-Baptiste Greuze reçoit par la suite les leçons de Charles-Joseph Natoire (1700-1777) à l’Académie royale de peinture et de sculpture. Il y est agréé en 1755 grâce à son Père de famille lisant la Bible à ses enfants (Lens, musée du Louvre). Ce tableau est acheté en 1755 par un riche financier amateur d’art, Ange-Laurent Lalive de Jully (1725-1779), qui l’expose dans son hôtel. Greuze acquiert de cette manière une certaine renommée, en particulier chez les philosophes comme Denis Diderot qui le félicite pour la moralité de son sujet qui, il est vrai, tranche avec la dominante légère du rococo.

Cette même année 1755, l’abbé Gougenot, chargé d’une mission diplomatique, l’emmène à Naples, puis à Rome, où Greuze passe environ un an. De ce séjour en Italie, il retient surtout des scènes populaires ou pittoresques qui lui inspireront quelques tableaux exposés au Salon de 1757. Deux ans plus tard, au Salon de 1759, ce sont des scènes de genre comme La Tricoteuse endormie ou l’expression des sentiments grivois avec Jeune fille pleurant la mort de son oiseau. En 1764, la présentation de L’Accordée de village est pour Greuze un triomphe, grâce notamment à la critique qu’en fait Denis Diderot.

Déçu de n’être reçu que « peintre de genre » à l’Académie, il continue à produire et expose dans son atelier, que la cour et la ville continuèrent à visiter assidûment. Des graveurs comme Jean-Jacques Flipart (1719-1782) populariseront ses tableaux. La révolution et la vogue du néo-classicisme portent un coup fatal à Greuze, dont les œuvres sont accueillies dans l’indifférence au tout début du XIXe siècle.

 

Jean-Baptiste Greuze (1725-1805), Portrait d’un enfant. Huile sur toile, 37,8 x 32 cm. Vente Sotheby's New York NY, 31. 01. 2013 © Artprice

 

Jean-Baptiste Greuze (1725-1805), Étude de tête d’un jeune enfant. Dessin, 30,6 x 27 cm. Lille, Palais des Beaux-arts © RMN-Grand Palais / Jacques Quecq d'Henripret

 

Jean-Baptiste Greuze (1725-1805), Petit garçon à la chemise ouverte, v. 1760-1765. Huile sur toile, 40 x 32 cm. Paris, musée Cognacq-Jay © RMN-Grand Palais / Agence Bulloz

 

Jean-Baptiste Greuze (1725-1805), Petit garçon à la chemise ouverte, v. 1760-1765. Huile sur toile, 40 x 32 cm. Chantilly, musée Condé © RMN-Grand Palais (domaine de Chantilly) / Gérard Blot

 

Jean-Baptiste Greuze (1725-1805), Le Petit Boudeur. Huile sur toile, 46,3 x 38,2 cm. Vente Christie’s, Paris, 23. 06. 2010 © Christie’s

Œuvres à la loupe

 

 

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