Art & Architecture

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Une jeune fille réflétée par un miroir, par Frans Floris

Double portrait de soeurs ou femme au miroir ?

Présentation de l'oeuvre

Attribué à Frans Floris I (v. 1519/1520-1570), Portrait de femme au miroir, vers 1560. Huile sur bois, 47 x 43,5 cm. Château d’Aulteribe (Sermentizon)

Alain Lonchampt/Centre des monuments nationaux

 

Le fond noir de ce tableau théâtralise les deux visages de jeunes filles de manière très intrigante, avec un modelé huileux pour les visages et très pointilliste pour la coiffure. La densité psychologique du regard des jeunes femmes est manifeste, quoique ceux-ci ne soient pas dirigés vers le spectateur. Les regards des deux jeunes femmes, si toutefois elles sont deux, semblent osciller en entre détermination et résignation, sans toutefois regarder dans la même direction.

 

Ce portrait retient l’attention par son ambiguïté visuelle : s’agit-il d’un double portrait de sœurs, ou d’un portrait de femme dédoublé par un reflet de miroir ? Le dispositif iconographique est en effet troublant. Les portraits de sœurs, jumelles ou non, ne sont pas si rares dans la peinture européenne. Si l’on prend l’exemple du portrait de deux sœurs, de Cornelis de Vos (Helsinski, Finnish National Gallery, Musée d’art Sinebrychoff) ou celui de Alonso Sánchez Coello représentant les infantes Isabel Clara Eugenia et Catalina Micaela, les sœurs sont figurées de manière juxtaposée, dans une parfaite égalité. Des figurations plus originales sont élaborées par Lucas de Heere, avec un triple portrait d’hommes – en dépit de leur apparence féminine – de profil (Wisconsin, Milwaukee Art Museum). Ces comparaisons tendant à faire penser qu’il s’agit d’un portrait d’une jeune femme avec son reflet dans un miroir, sorte de portrait double, peut-être d’essence analytique avant que la théorie en soit faite. La jeune femme se présente, elle et son double de profil, d’essence plus sociale.

 

La collerette ouverte est typique de la mode des années 1560, tant en France qu’aux Pays-Bas. Cette collerette est faite du ruché, pièce de tissu froncée ou plissée, placée au bord de l'encolure de la guimpe, un corsage qui couvre la gorge. Pour ce tableau de l’école du nord, les noms de Frans Floris, de Pierre Pourbus le Vieux ou Adriaen Thoomasz Key peuvent être avancés.

 

L’hypothèse d’une exécution par Frans Floris se soutient au regard du portrait de femme, daté de 1555, conservé au musée du Prado de Madrid. Même éclat des chairs noyées dans le noir, même traitement pointilliste cette fois-ci sur le ruché. Flamand très marqué par son séjour en Italie, il contribue à diffuser une influence italienne à Anvers. Au sein de son œuvre, abondante, il semble difficile de démêler la part exacte qui lui revient, son atelier ayant été fréquenté par plus d'une centaine d'élèves, qui ont été&              probablement aussi ses collaborateurs, dont Frans Pourbus, Martin de Vos... Le portrait de femme par Frans Pourbus le vieux, conservé au musée des beaux-arts de Ghent, d’une facture similaire, est quant à lui postérieur à notre tableau, comme tous ses autres portraits.

Oeuvre à la loupe

Autrice de la notice

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Morwena Joly-Parvex

Conservatrice du patrimoine

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