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Erasme Quellin, Salomon offrant des sacrifices pour inaugurer le temple

Partez à la découverte de l'iconographie du Temple de Salomon

Présentation de l'oeuvre

Erasme Quellin (1635-1715), Salomon offrant des sacrifices pour inaugurer le temple, v. 1650. Huile sur toile, 64,5 x 60,5 cm. Château d’Aulteribe (Sermentizon)

© Philippe Berthé/Centre des Monuments nationaux.

Cette œuvre a été faussement attribuée, par une inscription manuscrite présente au revers du tableau, au peintre Gérard de Lairesse, (v.1641-1711) lors de son achat. Cette attribution a été corrigée par Jacques Foucart à l’occasion de la présentation de l’œuvre lors de l’exposition Le Siècle de Rubens dans les collections publiques françaises tenue au Grand Palais en 1977. On reconnaît en effet la palette, la composition baroque, marquée par l’étagement de la scène sur plusieurs niveaux, la multiplication des plans et des personnages, mais aussi l’influence classique par le biais de l’architecture, telle qu’elle s’affirme chez Erasme Quellin vers les années 1650.

Jan Erasmus Quellinus, ou Erasme Quellin (1634-1715), est un célèbre peintre anversois issu de la dynastie d’artistes des Quellinus (francisé en Quellin), qui voit affluer les commandes à la mort de Peter Paul Rubens en 1640. Il se forme à Anvers auprès de son père Erasmus Quellinus II, peintre très influencé par la manière de Rubens. Erasme Quellin devient lui-même l’élève de Rubens, puis un proche collaborateur à partir de 1630. Il participe pleinement au rayonnement artistique d’Anvers, notamment par son érudition. Il a également de riches échanges avec Anton van Dyck, dont la manière raffinée influence Quellin dès 1640.

L’influence rubénienne est visible à ses débuts dans le traitement des corps, les compositions baroques ainsi que dans le soin apporté aux rendus des matières. Afin de compléter sa formation, Erasme Quellin se rend en Italie où il séjourne à Naples, Florence, Rome et Venise. Ce sont les peintres vénitiens qui le marquent, notamment de Véronèse, le peintre des Noces de Cana, à qui il emprunte ses compositions théâtralisées, avec des décors amples et transparents, mais également une gamme chromatique : les teintes se font plus douces, avec des jaunes étincelants, des rouges plus légers, des roses tendres et des bleus clairs lumineux, comme dans le tableau conservé à Aulteribe ou encore La naissance de la Vierge conservé au musée du Prado.

Après son séjour italien, il retourne à Anvers, et s’inscrit comme maître de la guilde de Saint-Luc en 1660-1661. Il épouse par la suite la fille du peintre David II Teniers et fonde un grand atelier dans lequel il forme de nombreux apprentis. Si plusieurs de ses œuvres majeures sont marquées par le baroque de Rubens, progressivement, une certaine retenue dans la gestuelle, l’affirmation de décors architecturaux monumentaux (comme dans Téthys plongeant Achille dans un vase contenant l’eau du Styx, 1668. Vente Sotheby’s, Amsterdam, 18.05.2004) et l’affirmation d'une palette chatoyante font considérer Quellin comme l’un des précurseurs du classicisme dans la peinture flamande.

Son rayonnement s’amplifie à la mort de Rubens en 1640, et il reçoit de nombreuses commandes officielles, notamment religieuses. La Contre-Réforme (réaction catholique romaine contre la Réforme) va stimuler la commande religieuse à partir de la reconquête d’Anvers en 1585. C’est dans ce cadre que Quellin est choisi par les Jésuites et les Dominicains, dans la mesure où le triomphalisme religieux s’accorde parfaitement avec l’esthétique baroque.

L’œuvre d’Aulteribe figure l’inauguration du Temple nouvellement construit par Salomon. Ce Temple est construit vers 968 avant J.-C afin d’abriter l’arche d’alliance et de permettre à Dieu de manifester sa présence parmi le peuple élu. Le Temple de Salomon a eu une grande influence sur les rituels, la théologie, l’architecture des trois religions monothéistes.

Le Premier Livre des Rois relate que le temple construit par Hiram et inauguré par le roi Salomon se situe à l’endroit où il réalisait ses sacrifices. Le culte du Temple mêle ainsi sacrifice d’animaux, offrandes de grains, et libations. Des cantiques sont chantés, dont de nombreux psaumes se seraient inspirés, avant de partager le repas du sacrifice.

La célébration de l’alliance à Pâques se déroule trois fois par an : à la Pentecôte et aux Tabernacles, et lors de la fête des Expiations (Yom Kippour, jour le plus sacré du calendrier israélite). Le grand prêtre se présente devant Dieu afin de laver les péchés d’Israël. Salomon souhaitait que le Temple soit une maison de prière pour Israël, mais aussi pour toutes les autres nations.

Ce contexte permet de saisir l’importance de cette scène de sacrifice dans l’iconographie du Temple de Salomon. Le personnage couronné figure Salomon, qui regarde en direction du ciel où un ange lui apparait au-dessus de l’arche d’Alliance. En dessous, un agneau est sacrifié afin de célébrer l’évènement, tandis que d’autres animaux s’apprêtent à être sacrifiés. Cinq personnages jouant de la trompette évoquent les cantiques.

Une esquisse préparatoire passée en vente chez Christie’s en 2011 montre comment le peintre a évolué son dessin préparatoire dessin. En effet, dans l’esquisse une statue du dieu romain Mars remplace l’arche d’Alliance et toute la partie supérieure de la composition a été enrichie : ajout d’un ange, présence de Salomon sous un dais en hauteur, animation de la partie senestre du tableau permettant de faire disparaître la cassolette un peu isolée du premier plan dans le dessin préparatoire.

Oeuvre à la loupe

Pour aller plus loin

Dans le sillage de Rubens, Erasme Quellin, [Cassel, musée de Flandre, 5 avril - 7 septembre 2014. cat. exp., sous la dir. de Jean-Pierre De Bruyn, Gand, Snoeck Publishers, 2014.

 Le siècle de Rubens dans les collections publiques françaises [Paris, Grand Palais 17 novembre 1977-13 mars 1978], cat. exp. sous la dir. de Jacques Foucart, Paris, 1977, n° 106.

Autrice de la notice

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Morwena Joly-Parvex

Conservatrice du patrimoine

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