Art & Architecture

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Bambochade de musiciens par Bernardo Keil

Découvrez l'art de la "bambochade", genre en vogue au XVIIe siècle.

Présentation de l'oeuvre

Bernardo Keil (1624-1687), Bambochade de musiciens, après 1656. Huile sur toile, 118 x 168 cm. Château d’Aulteribe (Sermentizon)

© Alain Lonchampt / Centre des monuments nationaux

L’œuvre relève du genre de la bambochade, terme francisé et dérivé des Bamboccianti, ces peintres de la vie populaire de la Rome du XVIIe siècle. Ces tableaux de genre sont mis à la mode dans le second quart du XVIIe siècle par le Hollandais Pieter van Laer, auquel sa petite taille et son aspect physique avaient valu le surnom de Bamboccio (le petit homme, la poupée). Ces scènes de genre donnent à voir la vie quotidienne des plus modestes de manière burlesque, qu’il s’agisse de scènes de marchés, de rue, de brigandages, ou de cabaret. Arrivé à Rome en 1625, Van Laer avait introduit, au cours des quatorze années de son séjour dans la capitale des arts, une vision brute de la réalité, traditionnelle dans la peinture de genre nordique, mais absolument nouvelle à Rome, habituée au mieux au réalisme poétique et grandiose du Caravage.

Les peintres s’adonnant à ce genre, désignés comme Bamboccianti, sont actifs depuis les années 1625 jusqu’à la fin du XVIIᵉ siècle. Ce genre en marge de la peinture officielle se répand à travers toute l’Europe, et séduit de nombreux peintres italiens et étrangers établis ou de passage à Rome : Jan Miel, Lingelbach, Helmbrecker, Cerquozzi, sont ainsi spécialisés dans les bambochades, mais aussi Karel Dujardin, Tassel et Sweerts, qui apportent chacun une note originale à la formule de Pieter Van Laer,× caractérisée par sa grande vivacité figurative et ses effets animés de lumière et de couleur

La vogue du genre se diffuse en France par le biais d’artistes comme Jacques Callot, les frères Le Nain, ou Sébastien Bourdon qui, avant de devenir peintre d'histoire, importe les bambochades à Paris où ce genre était alors inconnu. La bambochade devient un genre à part entière, reconnu comme tel par l’Académie royale de peinture dès sa création en 1648.

Dans le tableau du château d’Aulteribe, deux musiciens et deux mendiants sont représentés, ces derniers semblant quémander aux musiciens de l’argent. La touche est caractéristique de l’art de Bernhard Keil avec de vastes aplats de peinture et des effets d’ombres qui émaillent aussi bien les visages et les drapés que le décor. Une seconde version de ce tableau a été exposée par la galerie Schlichte Bergen d’Amsterdam lors de l’European Fine Art Fair de Maastricht en 1993, qui se distingue de celle d’Aulteribe par un guitariste plus âgé.

Bernhard Keil, connu aussi sous les noms d’Eberhart Keilhau ou de Monsù Bernardo, est un peintre danois qui, après un premier apprentissage à Copenhague, part pour Amsterdam en 1642 et rejoint l’atelier de Rembrandt. Peintre indépendant dès 1649, il quitte les Provinces-Unies pour s’installer en Italie en 1651. Il séjourne à Venise, puis à Bergame, Milan, Ravenne, Forli et enfin à Rome, où il s’installe de 1656 jusqu’ à sa mort. L’œuvre du château d’Aulteribe date probablement de cette dernière période puisque c’est à Rome qu’il se met à peindre des bambochades.

Oeuvre à la loupe

Pour aller plus loin

M. Heimbürger, Bernardo Keilhau detto Monsù Bernardo, Rome, Ugo Bozzi, 1988.

C. Philippon, « L’Influence de la peinture hollandaise et des bambochades sur le védutisme vénitien », Dossier de l’Art, no 179,‎ novembre 2010, p. 30-31.

Autrice de la notice

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Morwena Joly-Parvex

Conservatrice du patrimoine

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