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Une Bethsabée au bain Giuseppe Antonio Pianca, d’après Carle Van Loo

Découvrez un superbe alibi religieux, permettant de représenter la concupiscence, le goût de la chair, ainsi que le voyeurisme masculin.

Présentation de l'oeuvre

Giuseppe Antonio Pianca (1703-1760), d’après Carle Van Loo (1705-1765), Bethsabée au bain, après 1729. Huile sur toile, 130 x 180 cm. Château d’Aulteribe (Sermentizon)

© Alain Longchampt/CMN

 

Ce tableau représente une scène biblique qui a inspiré de nombreux peintre comme Rembrandt ou Véronèse. Bethsabée est aperçue par le roi David du haut de la terrasse de son palais tandis qu'elle se baigne le soir. David contraint alors Bethsabée à l’adultère et envoie son époux Urie mener des combats qui lui coûte la vie. Ainsi, loin de toute morale, l’histoire de David et de Bethsabée offre un superbe alibi religieux, permettant de représenter la concupiscence, le goût de la chair, ainsi que le voyeurisme masculin. La singularité du choix de Carle van Loo, ici, est bien que Bethsabée soit vêtue, suggérant le nu au lieu de l’exposer comme le ferait un François Boucher.

La composition de ce tableau a été rapprochée de celle du tableau de Carle van Loo, conservé au musée Bossuet de Meaux. La disposition est parfaitement identique, mais inversée, ce qui suggère que la copie s’est effectuée par le biais de la gravure de Nicolas Tardieu (le procédé de l’estampe inverse le dessin, qui a lui été gravé dans le même sens), à moins que d’autres copies de l’œuvre dans ce sens inversé (Vente Hampel Kunstauktionen, Münich, 09.12.2005) ait aussi pu lui servir de modèle.

Le nom de Giuseppe Antonio Pianca (1703-1760) a été proposé comme auteur de la copie du tableau de Carle van Loo en raison de sa facture caractéristique et de l’influence que l’on connaît des œuvres de van Loo sur Pianca, lors de son séjour à la cour de Savoie. La palette a changé, elle est beaucoup plus sombre que dans la version originale de Carle van Loo et la matière est bien plus dense, tant dans le traitement des chairs que dans celui des étoffes.

Pianca a été redécouvert par Roberto Longhi, dans une conférence qui le mettait sur un pied d’égalité avec Magnasco. Peu connu en dehors de l’Italie, sa manière offre une synthèse des tendances coloristes les plus expressives de son siècle, et se caractérise par une figuration dense et mouvementée de matière. Le peintre originaire du Piémont se rend à Milan où il connaît d’abord l’influence des peintres maniéristes tardifs, puis celle d’Alessandro Magnasco, dont les œuvres offrent une exécution très libre au service d’une expressivité fantasque. Les sujets de Pianca sont au départ essentiellement religieux, puis, à partir des années 1740, le peintre mène une carrière itinérante, où il développe sa pratique de la fresque. L’artiste prolonge par la suite ses recherches dans le champ de la peinture décorative par des tableaux de chevalet, afin de satisfaire à la demande suscitée par la manière du modèle rocaille française, qu’il a pu assimiler au contact des œuvres produites par Carle van Loo lors de son séjour à la cour de Savoie, dans les années 1730.

 

Carle Van Loo (1705-1765), Bethsabée au bain, 1723. Huile sur toile, 86,5 x 104 cm. Meaux, Musée Bossuet.

© Wikimedia

Oeuvre à la loupe

Pour aller plus loin

Michel François Dandré-Bardon, Vie de Carle Vanloo, Paris, Desaint, 1765, p. 53-69.

Filippo Maria Ferro, Giuseppe Antonio Pianca. Pittore Valsesiano del ‘700, Soncino, 2013.

Autrice de la notice

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Morwena Joly-Parvex

Conservatrice du patrimoine

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