Art & Architecture

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Allégorie du Massacre des Innocents, par Pietro Testa

Découvrez l'art de la mise en scène dramatique de Pietro Testa.

Présentation de l'oeuvre

Pietro Testa (1611-1650), Allégorie du Massacre des Innocents. Huile sur toile, 119,5 x 167 cm. [en dépôt à l’Hôtel de la Marine] Château d’Aulteribe (Sermentizon)

© Benjamin Gavaudo/Centre des Monuments nationaux.

 

La scène du Massacre des Innocents est extraite du Nouveau Testament, mentionnée seulement par Matthieu (Mt 2, 16:18) après l’épisode de la fuite en Égypte. Passage laconique, narrant que le roi Hérode décide de faire tuer tous les garçons de moins de deux ans nés aux alentours de Bethléem, car des Mages lui ont annoncé la naissance dans cette ville d'un enfant appelé à devenir le roi des Juifs. La scène inspire de nombreux peintres de diverses époques, Guido Reni (1575-1642), Pierre Paul Rubens (1577-1640), Nicolas Poussin (1594-1665)…

Pietro Testa (1611-1650) est un artiste originaire de Toscane, principalement connu pour son travail en tant que graveur et dessinateur, mais qui connaît également une modeste carrière en tant que peintre d’histoire. Il fréquente ainsi à Rome l’atelier de Pierre de Cortone, dont il est rapidement exclu. Il fréquente des artistes et des érudits qui, comme lui, s'intéressent à la tradition classique. Il ne connaît pas le succès dans le domaine de la peinture, en dépit du développement d’une manière propre fondée sur l’influence du Caravage et du Dominiquin, tout en rejetant l’imitation servile de la nature qu’il reprochait aux caravagesques.

Il traite de sujets classiques issus de la mythologie gréco-romaine et de l’histoire, tout comme son ami le peintre français Nicolas Poussin qui peint lui aussi un Massacre des Innocents (Chantilly, musée Condé) bien différent : le décor d’un temple antique formant un cadre architectural rigoureux, sous un ciel nuageux, mais intensément bleu.  La sauvagerie est silencieuse et froide, avec La simplification de la scène dans un souci d’expressivité des passions. À la différence de Nicolas Poussin, l’œuvre de Testa utilise tous les ressorts picturaux du tragique : la scène est nocturne, un rayon de lumière éclaire brutalement, le dos, le bras et le pied de l’homme égorgeant un enfant et repoussant une mère en détresse, formant un triangle au sein de la composition. Une femme et des putti apparaissent au milieu de cette scène lugubre, ​​rappelant les effets des « machineries » de nuages du théâtre du XVIIe siècle. Les teintes sombres anticipent les peintures des années 1640, caractérisé par un clair-obscur prononcé, un classicisme sévère, des formes rigides et des rythmes brisés.

La toile conservée au château d’Aulteribe est une variation, de format quasi-identique à L’allégorie du Massacre des Innocents de la Galerie Spada de Rome. Les deux œuvres ne divergent que par la représentation plus sommaire de la fuite du Christ et de ses parents à l’arrière-plan au sein de la version d’Aulteribe. Ces dernières peuvent laisser penser qu’il s’agit d’une version autographe. Cette hypothèse est soutenue par Eric Pagliano, alors que Angiola Caneveri et Guilia Fusconi n’y voient qu’une bonne copie du XVIIe siècle.

 

Pietro Testa (1611-1650), Allégorie du Massacre des Innocents. Huile sur toile, 123,5 x 173,5 cm, Rome, Galerie Spada.

© Wikipedia.

 

Nicolas Poussin (1594-1665), Le Massacre des innocents, 1625-1629. Huile sur toile, 147 x 171 cm. Chantilly, musée Condé

© Wikipedia

oeuvre à la loupe

Pour aller plus loin

Angiola Caneveri et Guilia Fusconi, Pietro Testa e la nemica fortuna : un artista filosofo (1612-1650) tra Lucca e Roma, Rome, 2014, IV.11.

Eric Pagliano, L’atelier de l’œuvre : dessins italiens du musée Fabre, Montpellier, 2013, p. 190.

Autrice de la notice

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Morwena Joly-Parvex

Conservatrice du patrimoine

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