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Un portrait d’enfant par Jeanne-Philiberte Ledoux

Découvrez le genre du portrait d'enfant au XVIIIe siècle

Présentation de l'oeuvre

Jeanne-Philiberte Ledoux (1767-1840), Portrait d’enfant. Huile sur toile, 44 x 36 cm. Château d’Aulteribe (Sermentizon)

© Philippe Berthé /Centre des monuments nationaux

Les portraits de jeunes filles et de jeunes garçons connaissent un grand succès en France au XVIIIe siècle, et devient l’une des spécialités de Jean-Baptiste Greuze et, à sa suite, de son élève Jeanne-Philiberte Ledoux, fille de l’architecte Claude-Nicolas Ledoux. Ces jeunes enfants sont représentés simplement et pour eux-mêmes, sans contexte narratif particulier et surtout sans leurs parents, la plupart du temps en buste, et de grandeur presque naturelle. C’est l’occasion pour le peintre d’étudier les émotions dans toutes leurs subtilités, souvent dans un registre vague, loin des « têtes d’expression » du XVIIe siècle, établissant le vocabulaire formel destiné à codifier l’expression des émotions. Les yeux sont particulièrement chargés de transmettre le climat rêveur ou interrogateur du jeune enfant découvrant le monde.

Certaines études ont suggéré que cette vogue du portrait enfantin s’était épanouie après la publication de L’Emile de Jean-Jacques Rousseau, mais en réalité le portrait d’enfant a considérablement changé depuis la fin du XVIIe siècle. En Angleterre notamment, Anton van Dyck brise déjà les stéréotypes de la représentation de l’enfant en lui donnant, qu’il appartienne ou non à la famille royale ou à l’aristocratie, un vrai naturel et une nonchalance enfantine. Quant à Jean-Siméon Chardin, ses nombreux portraits d’enfants jouant, aux cartes ou avec des bulles de savon, montrent assez le succès de ce type de portrait bien avant Rousseau. On peut cependant retenir que les réflexions autour de la pédagogie, avec des penseurs comme Condorcet ou Rousseau, qui développent l’idée de laisser l’enfant progresser à son rythme et selon sa nature, ont créé un climat favorable dans la réception de ce type d’œuvre, entre étrange poésie et mélancolie, s’interrogeant sur le mystère de l’enfance et la formation de sa psyché. 

Avec Jeanne-Philiberte Ledoux, un type récurrent d’enfant se remarque fort bien, profondément marqué par un modèle de Jean-Baptiste Greuze (Paris, Musée Cognacq-Jay) : le nez est « grec », les joues rougissantes, les lèvres pulpeuses sont entrouvertes, conférant une sorte d’androgynie à l’enfant, les boucles des cheveux ondulent, entre châtain et roux. Le costume également est identique : la chemise blanche volantée au col se détache nettement sur un costume vert foncé.

Elle expose pour la première fois au Salon de Paris de 1793, puis régulièrement jusqu’en 1819. Jeanne-Philiberte Ledoux était très en vogue dans le milieu artistique parisien, et exécute également des pastels ainsi que de nombreuses miniatures. Le célèbre peintre en miniature Peter Adolph Hall fit son portrait en 1791 (Wallace collection, Londres) ainsi que le peintre Jean-Baptiste Greuze (vente Bonham’s, Londres 2020), dont elle a été l’élève.

Oeuvre à la loupe

Pour aller plus loin

Christine Kayser (dir.), L’enfant chéri au siècle des Lumières : après l’Émile, cat. exp., Musée-Promenade de Marly-le-Roi, 15 mars-15 juin 2003, Louveciennes, L’Inventaire, 2003.

Xavier Rey, Béatrice Didier (dir.), Antoinette Fouque (dir.) et Mireille Calle-Gruber (dir.), Le dictionnaire universel des créatrices, Éditions des femmes, 2013, « Ledoux, Jeanne-Philiberte (1767-1840) », p. 2505-2506.

Ann Sutherland Harris et Linda Nochlin, Femmes peintres, 1550-1950, Éditions des femmes, 1981.

Auteure de la notice

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Morwena Joly-Parvex

Conservatrice du patrimoine

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