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Un double portrait de famille figurant le compositeur George Onslow et sa mère, Marie-Rosalie de Bourdeilles de Brantôme.

Partez à la découverte des propriétaires du château avant la Révolution

Présentation de l'oeuvre

École française du XVIIIe siècle, Portrait de Marie-Rosalie de Bourdeilles de Brantôme, épouse d'Edward Onslow, avec son fils George, 1790. Huile sur toile, 88,5 x 71 cm Château d’Aulteribe (Sermentizon)

© Hervé Lewandowski / CMN

 

Ce double portrait représente Rosalie Marie de Bourdeilles (1761-1842), fille de Jean-Hugues de Bourdeilles (1724-1775) et de Marguerite de Gay de Planhol (1726-1778), avec son fils. Elle se marie en 1783 avec Edward Onslow (1758-1829), père du compositeur George Onslow (1784-1853). Ce dernier se mariera avec Delphine de Fontanges en 1808, et de cette union naîtra, entre autres, Henriette Onslow (1814-1883), qui par son mariage en 1839 avec le marquis Joseph de Pierre (1807-1885), devient une résidente importante d’Aulteribe.

Selon la légende familiale, Edward Onslow, gentilhomme anglais, visite l’Auvergne vers 1782. Lors d’une visite à la Supérieure des Ursulines de Clermont, il aurait entrevu au couvent une jeune pensionnaire d'une extrême beauté en la personne de Rosalie Marie de Bourdeilles de Brantôme, fille de la vieille noblesse auvergnate issue de la branche cadette du fameux chroniqueur périgourdin, Brantôme.  Le mariage est scellé deux ans plus tard et de cette union sont issus quatre garçons dont George est l’ainé.

Au château d’Aulteribe, ce tableau doit être mis en relation avec la paire de portraits ovales représentant Edward Onslow et son épouse. Ces deux portraits se font pendant et sont des reproductions de pastels qui appartiennent aux descendants de la famille Onslow (Viviane Niaux, George Onslow : gentleman compositeur, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, 2003, p. 233).

 

Anonyme, Portrait d’Edward Onslow. Huile sur toile, 63,5 x 53 cm. Château d'Aulteribe.

© Hervé Lewandowski / CMN

 

Anonyme, Portrait de mademoiselle de Bourdeilles, épouse d’Edward Onslow Huile sur toile, 63,5 x 53 cm. Château d'Aulteribe.

© Hervé Lewandowski / CMN

 

La famille Onslow est ainsi très présente au château, ravivant la mémoire d’Edward Onslow (1758-1829), fervent royaliste à l’histoire singulière. Au-delà de la légende du gentilhomme anglais tombé subitement amoureux lors d’un voyage en Auvergne, il faut rappeler qu’en 1781, Edward Onslow issu de la célèbre famille Surrey, avait tout juste commencé une carrière politique en tant que député de l’arrondissement d’Aldborough. « Ned » s’était distingué comme « un homme généralement estimé et considéré, à la fois dans la vie publique et privée », contrairement à son père « Black George » Onslow, un intrigant politique notoire. En dépit de cette bonne réputation, le cours de la vie d’Edward bifurque quand il est accusé d’avances homosexuelles envers Phelim Macarty lors d’une rencontre à la Royal Academy Exhibition de Londres. L’affaire a été portée devant un magistrat, avec des témoignages crédibles de l’affaire. Le scandale a été largement rapporté, bien qu’il semble que l’histoire « abominable » aie d’abord semblée improbable pour les Onslow. Cependant, selon un commentateur, Edward aurait tout avoué à sa famille, admettant que « la passion qu’il ressentait était hors de tout contrôle[1] ». Edward, en accord avec sa famille, décide de s’exiler afin d’éviter les conséquences du crime présumé et quitte Clandon pour Clermont-Ferrand.

 

Portrait d’Edward Onslow. Estampe, fin du XVIIIe siècle

© Centre des monuments nationaux.

 

Le Centre d’histoire de Surrey détient aujourd’hui des lettres et des documents portant principalement sur l’héritage de la succession d’Edward. Ceux-ci ont été déposés par les descendants du comte d’Onslow. Les journaux d’Onslow comprennent également une lettre de 1808 d’Edward Onslow à ses parents concernant des questions familiales et financières, une copie de ses volontés en 1810 ainsi que du lignage de la branche française de la famille (Réf.G173/1/4, chapitre XXI). La collection de la bibliothèque contient plusieurs ouvrages publiés concernant la famille Onslow et ses domaines. Parmi les documents figure également l’estampe qui sert vraisemblablement de modèle au portrait présent à Aulteribe.

L’affaire anglaise d’Edward Onslow n’a pas été subitement oubliée à son arrivée en France. L’ouvrage de Baudime Jam (2011) précise en effet les difficultés rencontrées en territoire français. Certes, le noble anglais est riche, ce qui n’est pas le cas de la famille française, mais le mariage entre un anglican et une catholique pose problème. L’évêque de Clermont y met de la mauvaise volonté. Une cérémonie a lieu à l’hôtel de l’ambassadeur d’Angleterre, mais l’évêque clermontois ne reconnaît pas ce mariage. On sollicite le Garde des Sceaux, qui en appelle à un autre évêque. In fine, le Conseil des consciences qui siège à la Sorbonne, reconnaît l’union.

Les Onslow parviennent cependant à intégrer la bonne société clermontoise, mais la Révolution va changer la donne. En pleine la Terreur (1793), Edward, noble et Anglais, est emprisonné. Le Clermontois Couthon, un des hommes importants de l’époque, qui a fréquenté la même loge maçonnique qu’Onslow, le fait libérer au bout d’un mois, et obtient qu’il soit simplement surveillé par deux gardes nationaux qui rapportent ses faits et gestes. La Terreur renversée, Edward Onslow devient la figure emblématique des royalistes clermontois. Mais en 1797, le « Milord Onslow » est impliqué dans un drame sanglant, l’affaire du Bois-de-Cros. Un club de « patriotes » se réunissait là, dans une auberge, ce qui apparaît comme une insulte pour les royalistes. Une attaque contre cette assemblée laisse quatre morts et douze blessés graves. En conséquence, le 23 décembre 1797, Edward est arrêté et passe une nuit en prison. Il est libéré « faute d’un chef d’inculpation suffisant », puis est poussé à l’exil, en raison de l’anglophobie croissante. Son fils aîné, George, l’accompagne en Hollande et en Allemagne. Un long périple de deux ans, pendant lesquels il étudie le piano auprès de grands maîtres. Ils rentrent sous le Consulat, mais la vie ne sera plus comme avant. Quand Napoléon ordonne le blocus de la Grande-Bretagne, les Onslow ne reçoivent plus la pension versée par leur famille. Ils devront tenir jusqu’à Waterloo pour que tout rentre dans l’ordre. Edward s’éteint en 1829, dans son domaine de Chalendrat, au nord d’Issoire.

En ce qui concerne l’auteur de ce double portrait, il est probable qu’il s’agisse d’un des nombreux portraitistes actifs en Auvergne, dont l’histoire de l’art n’a pas forcément retenu le nom. Le nom Pierre Marie Gault De Saint-Germain, peintre actif en Auvergne, peut sans doute être évoqué au regard de son Portrait de jeune garçon, passé en vente publique (Drouot-Richelieu, Paris, 02.04.2004), et de l’inscription manuscrite sur le dessin qui ressemble beaucoup à celle portée au bord supérieur senestre de notre tableau.

Le dessin et le modelé ont tendance à donner aux personnes représentées un aspect de poupée qui laisse à penser qu’il ne s’agit pas d’un peintre renommé. En revanche, ce dernier devait connaître le célèbre tableau de la peintre Louise-Élisabeth Vigée Le Brun (1755-1842) et de sa fille, peint en 1787 et conservé au musée du Louvre, puisque la pose choisie est elle aussi très familière et affectueuse, nouveauté qu’introduit Vigée-Lebrun et que poursuit François André Vincent (1746-1816) par exemple.

 

Oeuvre à la loupe

Pour aller plus loin

Jam Baudime, George Onslow, Les Éditions du Mélophile, Clermont Ferrand, 2003.

Jam Baudime, George Onslow et l’auvergne, Les Éditions du Mélophile, Clermont Ferrand, 2011.

Viviane Niaux, George Onslow : gentleman compositeur, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, 2003.

Autrice de la notice

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Morwena Joly-Parvex

Conservatrice du patrimoine

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