Art & Architecture

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Un portrait présumé d’Henriette d’Angleterre

Partez à la découverte du l'épagneul d'Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans

Présentation de l'oeuvre

Henri Gascard (1634/35-1701) ?, Portrait présumé d’Henriette d’Angleterre, duchesse d'Orléans (1644-1670) et de son épagneul. Huile sur toile, 73,5 x 59 cm. Château d’Aulteribe (Sermentizon)

© Hervé Lewandowski / CMN

 

Le portrait d’Aulteribe présente de grandes similitudes avec l’iconographie d’Henriette d’Angleterre (1644-1670), aussi appelée Henriette-Anne Stuart (donc en lien avec un des portraits qui lui fait face dans l’accrochage initial) et épouse du frère du roi Louis XIV, Philippe d’Orléans. Dans ce portrait, la présence du chien est un élément essentiel. Ce petit épagneul se retrouve souvent aux côtés d’Henriette d’Angleterre dans ses portraits. Il s’agit d’une tradition de la famille royale d’Angleterre, particulièrement illustrée par le roi Charles II, le frère d’Henriette, qui était toujours accompagné de ses nombreux épagneuls, au point de les faire accepter au parlement alors que les animaux y étaient interdits. Dans les portraits que le peintre Pierre Mignard (1612-1695) exécute d’Henriette d’Angleterre, mais aussi dans celui de l’atelier des frères Beaubrun, son petit épagneul nain, le très élégant Phalène arborant des boucles d’oreille, est présent. Le collier de perles conforte cette hypothèse, dans la mesure où tous les portraits d’Henriette d’Angleterre, peints ou gravés, ceint son cou d’un tel collier.

 

Pour cette raison, le portrait a probablement au moins été vendu comme portrait d’Henriette d’Angleterre, dans la mesure où aucun portrait royal français ne fait figurer un chien, hormis, il est vrai, la « Grande Dauphine », Marie-Anne-Christine-Victoire de Wittelsbach de Bavière (1660-1690), gravée par Nicolas Habert (Paris, BnF). Du reste, un détail important a disparu : les fameuses boucles d’oreille du chien, qui n’apparaissent pas de le portrait de la Dauphine. Le collier de perles lui aussi surprend : il est tenu à la main et non porté au cou. Est-ce une façon d’indiquer que le portrait est posthume, puisque la jeune femme morte brutalement, se retrouve dépouillée de ses attributs de beauté terrestre ? La précision du modelé dans portrait d’Aulteribe est également marquante : beaucoup de notations réalistes (dessous du cou légèrement tombant, nez assez fort) distinguent nettement cette œuvre des copies d’après Pierre Mignard.

 

L’examen de la surface picturale permet de voir à l’œil nu que les traits du portrait ont été repris. Ce fait est à croiser avec un autre troublant : si on ôte l’épagneul, le portrait ressemble bien davantage à celui de sa mère, Henriette-Marie, Reine d'Angleterre, épouse de Charles Ier (1605-1669). Il faut également souligner que les portraits d’Henriette d’Angleterre, duchesse d’Orléans peuvent assez sensiblement différer. Si une version tantôt attribuée à Pierre Mignard, tantôt à Jean Nocret s’est répandue en France comme en Angleterre, celle de Peter Lely (National Portrait Gallery) offre un visage beaucoup plus singulier, loin de l’effet poupée de porcelaine que l’on trouve dans les autres portraits. En ce sens, notre portrait peut lui être utilement rapproché, dans la mesure où il est traité de manière assez réaliste.

 

De plus, il est possible d’évoquer les nombreux portraits de femmes avec un épagneul exécutés par le peintre Henri Gascard (1634/35-1701). L’artiste connaît un succès artistique en Angleterre pendant le règne de Charles II, avant de rentrer à Paris, où il peint à la cour de nombreuses femmes influentes, notamment plusieurs maîtresses du roi. Il peint d’ailleurs un membre de la famille d’Orléans, Élisabeth Marguerite d'Orléans (Varsovie, musée Jean-Paul II), d’après Mignard. Le traitement du visage, et notamment les yeux suaves qu’il donne systématiquement à ses personnages féminins, est parfaitement compatible avec le portrait d’Aulteribe. Il peint ainsi un portrait de Louise de Keroualle, Duchesse de Portsmouth, vers 1670, portant un épagneul avec des boucles d’oreilles (Auckland Art Gallery Toi o Tāmaki).

Oeuvre à la loupe

Autrice de la notice

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Morwena Joly-Parvex

Conservatrice du patrimoine

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