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Un portrait de la duchesse de Fontanges

Partez à la découverte d'une célèbre maîtresse de Louis XIV, ancêtre d'une des propriétaires du château.

Présentation de l'oeuvre

École française du XVIIe siècle, Portrait de Marie Angélique de Scorailles, duchesse de Fontanges (1661-1681), vers 1680. Huile sur toile, 59,5 x 50,7 cm. Château d’Aulteribe (Sermentizon)

© Philippe Berthé / Centre des monuments nationaux

 

La duchesse de Fontanges est demeurée célèbre pour avoir été la maîtresse du roi Louis XIV, qui délaisse alors sa maîtresse en titre, Mme de Montespan. A peine arrivée à la cour dans l’année 1679, elle cède au roi alors qu’elle n’est âgée que de dix-sept ans, et donne rapidement naissance à un fils (1780), lequel meurt au bout d’un mois, laissant la jeune fille malade des suites de cet accouchement prématuré. Comme cadeau d’adieu, Louis XIV lui offre le duché de Fontanges. La jeune femme se retire alors à l’abbaye de Chelles dont sa sœur était abbesse, puis est transportée à l'Abbaye de Port-Royal peu avant de mourir en 1681.

Réputée pour sa grande beauté, elle est évoquée par Roger de Bussy-Rabutin dans son Histoire amoureuse des Gaules (t. II du manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale). Angélique de Scorrailles y est décrite comme ayant « le plus bel œil qu’on ait jamais vu ; sa bouche est petite et vermeille, et son teint et sa gorge sont admirables ; mais ce qui me charme davantage, c’est un certain air doux et modeste qui n’a rien de farouche ni de trop libre ». Et Bussy de conclure : « Si nous faisons un juste parallèle du mérite de notre héroïne avec les qualités de celles qui l’ont précédée dans son emploi, nous trouverons que sans le secours de sa beauté elle les surpasse toutes. »

La présence de la marquise de Fontanges à Aulteribe est importante, puisque Henriette Onslow (1814-1883), qui épouse le marquis Joseph de Pierre en 1839, est issue de l’union de George Onslow et de Delphine de Fontanges (1790-1879).

L’iconographie de Marie-Angélique de Scoraille (ou d’Escorailles) de Roussille, duchesse de Fontanges demeure largement méconnue car la jeune femme meurt à peine âgée de vingt ans. Les portraits faits de son vivant sont donc rares. La seule certitude que nous ayons, selon le témoignage de Simon-Philippe Mazière de Monville, c’est que le peintre Pierre Mignard en a exécuté à la demande du roi : « Il avait fait aussi le portrait de madame de Fontanges, et le Roi lui-même n’avait pas trouvé que le Peintre eût rien diminué des charmes de cette belle personne » (Simon-Philippe Mazière de Monville, La vie de Pierre Mignard, premier peintre du roy, p. 106). Un inventaire des tableaux du roi, rédigé en 1709 et 1710, confirme sa présence à Versailles : « Portrait de Madame de Fontanges, vestue d'un manteau bleu, assise et appuyée sur un carreau de velours cramoisi, tenant des roses et une anémone dans ses mains ; figure comme nature ; ayant de hauteur 3 pieds 3 pouces, sur 3 pieds 9 pouces de large ; de forme ovale, dans sa bordure dorée. » (Advielle, 1900, p. 16). Le portrait d’Angélique de Fontanges figure toujours dans l’inventaire des tableaux du roi de 1760, avec Louis XIV et les ambassadeurs du Siam par Le Brun, le Grand Dauphin, Philippe V et le duc de Bourgogne par Rigaud, ou la duchesse de Bourgogne par Santerre (Stéphane Castelluccio, 2009, p. 36). Cependant, en dépit d’une description que l’on pourrait croire relativement précise, le marché de l’art offre de nombreux tableaux qui pourraient répondre au modèle recherché.

Victor Advielle a un temps considéré qu'un tableau qui se trouve au musée du Prado à Madrid, inscrit sous le nom de Pierre Mignard et identifié comme représentant Mlle de Fontanges était le seul portrait authentique de Madame de Fontanges. Il suppose que ce tableau s’est retrouvé au musée du Prado pour avoir appartenu par héritage au petit-fils de Louis XIV, le duc d'Anjou, qui devint roi d'Espagne en 1700. Le tableau, de piètre facture, n’est aujourd’hui plus reconnu comme celui d’Angélique de Fontanges par le Prado, et encore moins attribué à Pierre Mignard.

De nombreux portraits qui représenteraient Madame de Fontanges sont présents dans les collections publiques ou particulières, mais leurs origines sont inconnues ou douteuses, et les formats ne correspondent pas à la description de Simon-Philippe Mazière de Monville. Le marché de l’art offre régulièrement des portraits où la duchesse serait représentée, avec des attributions régulières à Pierre Mignard (vente Sotheby’s, Londres, 05.04.1995 ou vente Tajan, juin 1996). Patrick Daguenet a pu repérer quatre copies d’après le portrait original de Pierre Mignard, de taille réduite, chacun de ces tableaux ne reproduisant que le buste du portrait d'origine, en fomat carré, sans les fleurs, mais figurant toujours un collier de perles.

Le portrait d’Aulteribe est probablement une des nombreuses versions peintes au XVIIe siècle, probablement d’après l’estampe de Nicolas III de Larmessin, imprimée six ans après le décès de la duchesse de Fontanges.  Elle y porte une chemise en dentelle qui aurait dû être recouverte d’un corps de baleine, laissant simplement apparaître la dentelle le long de l’échancrure du décolleté, comme cela est la mode dès le début du règne de Louis XIV. Ici la chemise est entièrement visible, simplement recouverte aux épaules par un manteau de velours bleu, doublé de satin et retenu à la chemise par une pierre en broche. La tenue correspond plutôt aux robes récemment mises à la mode par Mme de Montespan afin de dissimuler ses grossesses. Ces robes assouplies sont appelées Innocentes, battantes, déshabillées, négligées ou robes de chambre. Elles peuvent être portées officiellement à la Cour. Les manches sont courtes et bouffantes, laissant entrevoir les dentelles de la chemise.

Le portrait du château d’Aulteribe, comme celui conservé au château de Bussy-Rabutin, sont très similaires à cette estampe, notamment dans la coiffure, qui n’est pas celle que la duchesse a mise à la mode. Si le traitement du visage et des dentelles est assez lumineux et fin, les plis du manteau bleu sont d’une facture plus sommaire.

 

Oeuvre à la loupe

Pour aller plus loin

Victor Advielle, Le portrait de la duchesse de Fontanges du Musée national de Madrid et les faux portraits de la favorite, Librairie G. Rapilly, 1900, 20 p.

 Stéphane Castelluccio, « Le Cabinet des tableaux de la Surintendance des Bâtiments du roi à Versailles », Versalia. Revue de la Société des Amis de Versailles, n°12, 2009. p. 21-54.

 Patrick Daguenet, Marie-Angélique de Fontanges - La dernière passion du Roi-Soleil, Paris, Perrin, 2021.

Simon-Philippe Mazière de Monville, La vie de Pierre Mignard premier peintre du roy, Paris, chez Jean Boudot, 1730

Autrice de la notice

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Morwena Joly-Parvex

Conservatrice du patrimoine

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