Art & Architecture

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Un paysage idyllique par Étienne Allegrain

Découvrez comment le peintre transforme le goût du paysage classique avec de puissants effets chromatiques.

Présentation de l'oeuvre

Étienne Allegrain (1644-1736), Paysage idyllique. Huile sur toile, 13 x 20,5 cm. Château d’Aulteribe

© Hervé Lewandowski / CMN

 

 

Une inscription au revers de ce petit tableau mentionne le nom d’Etienne Allegrain, ce qui correspond tout à fait à la production du peintre, comme le montrent les tableaux passés en vente publique, particulièrement dans ce petit format, proche de l’estampe (vente Karl & Faber, Munich, 13.11.2015 et vente Aguttes, Neuilly, 16.06.2003).

 

Étienne Allegrain (1645-1736) est un peintre et graveur français, considéré comme un des meilleurs paysagistes du XVIIe siècle, reçu à l’Académie Royale de peinture et de sculpture en 1677. L’amateur d’art Roger de Piles, très influent à l’Académie royale de peinture et de sculpture et contemporain d’Allegrain, valorise beaucoup ces paysages intellectualisés, dont Nicolas Poussin peintre très admiré à Paris bien qu’exerçant en Italie, s’est fait le maître.

 

Le genre du paysage tend à se diversifier à la fin du XVIIe siècle en France, stimulé par la demande décorative de vues topographiques de Versailles et de ses jardins. Au Grand Trianon interviennent ainsi les peintres Jean-Baptiste Martin (1659-1735), Pierre-Denis Martin (1663-1742), Jean Cotelle (1642-1708) et Étienne Allegrain (1644-1736). Parallèlement, le goût pour le paysage classique, hérité de Nicolas Poussin, ne se dément pas chez les amateurs. Étienne Allegrain répond aussi à cette demande, en produisant des œuvres destinées au marché des amateurs, de moyens et de petits formats, de même que Francisque Millet (1642-1679) avec qui il est souvent confondu. Étienne Allegrain interprète et diffuse en France le « paysage héroïque » de Nicolas Poussin, avec qui il est souvent comparé par ses contemporains, en créant des effets décoratifs supplémentaires à l’aide d’arbres sinueux aux feuillages touffus, de troncs rompus, de fabriques, de vestiges antiques et de silhouettes féminines, préfigurant l’inspiration du prolifique peintre de paysages imaginaires Hubert Robert.

 

La spécificité du tableau d’Aulteribe réside dans ses effets de lumière, augmentés par un puissant contraste chromatique entre un horizon bleu très lumineux, probablement rendu à l’aide d’un glacis de lapis lazuli, perçant l’ombre des feuillages du premier plan. Ce dernier est lui-même d’une grande subtilité, variant les registres colorés du vert. Ce très petit tableau joue davantage sur l’émotion visuelle et sensorielle que sur l’intellect, quoique les deux couples de personnages ne sont pas sans évoquer la tradition de l’art de la conversation au sein de la nature. L’art d’Étienne Allegrain se situe à un moment de transition entre l’intellectualisation du sentiment de la nature et sa réception comme un pur moment sensoriel, qui s’épanouit dès la fin du XVIIIe siècle, puis tout au long du XIXe siècle. Ce petit format est sans doute loin d’être unique dans la production de l'artiste, et devait peut-être être vendu par paire. Une paire de paysages comparable à notre tableau est en effet passée en vente publique (vente Aguttes, Neuilly, 16.06.2003). L'effet chromatique en est très différent puisqu'il s'agit de couleurs automnales, mais le petit format relève du même principe décoratif.

 

Étienne Allegrain (1644-1736), Paysage à la rivière. Huile sur toile, 86 x 136 m. Paris, musée du Louvre

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / René-Gabriel Ojeda

Oeuvre à la loupe

Pour aller plus loin

A. -J. Dezallier d’Argenville, Abrégé de la vie des plus fameux peintres, Paris, 1762, t. IV, p. 185-188.

Anne Lossel-Guillien, « À la recherche de l’œuvre d’Étienne Allegrain, paysagiste de la fin du règne de Louis XIV », Histoire de l'art, N°4, 1988, p. 69-78.

Pierre Rosenberg (dir.), Nicolas Poussin et son temps, le classicisme français et italien contemporain de Poussin, Rouen, Musée des Beaux-Arts, avril - mai 1961, Paris, 1961.

Autrice de la notice

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Morwena Joly-Parvex

Conservatrice du patrimoine

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