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Portrait de Laurent Grimod de la Reynière d’après Louis Michel Vanloo

Faites connaissance avec le père du grand gastronome, Grimod de La Reynière.

Présentation de l'oeuvre

D’après Louis Michel Vanloo (1707-1771), Portrait de Laurent Grimod de La Reynière (1734-1793). Huile sur toile, 63,5 x 53,5 cm. Château d’Aulteribe (Sermentizon)

© Philippe Berthé / Centre des monuments nationaux

 

Le portrait conservé à Aulteribe est une copie en buste du grand portrait exécuté par le peintre Louis Michel van Loo (1707-1771). Son intérêt réside moins dans sa qualité que dans sa rareté, le portrait original étant aujourd’hui en main privée, tandis que deux copies sont passées en vente publique en 2008 et 2011, preuve s’il en est que Laurent Grimod de La Reynière sait entretenir son image de personnage public en multipliant ses portraits.

Laurent Grimod de La Reynière appartient à la troisième génération de fermier général de sa famille, fonction chargée de percevoir des impôts pour le compte du roi. Son grand-père, Antoine Grimod, avocat au Parlement, directeur général des fermes à Lyon et fermier général de 1711 à 1719, est anobli par une charge de secrétaire du roi en 1697. Son père, Antoine-Gaspard Grimod de la Reynière, est lui-même fermier général de 1721 à 1756.

Parmi les familles qui appartiennent à la Ferme générale, celle des Grimod de la Reynière étonne ses contemporains en termes d’hypergamie, faisant des mariages très au-dessus de leur rang. Laurent Grimod de la Reynière épouse en effet, en 1758, Suzanne-Françoise de Jarente, fille du marquis d'Orgeval et nièce de l’évêque d'Orléans, dont un très beau portrait est conservé à Aulteribe. Ses sœurs épousent respectivement le marquis de Levis et Christian Guillaume de Lamoignon-Malesherbes, premier président de la Cour des aides, ministre et secrétaire d'État à la Maison du Roi en 1775, par ailleurs défenseur de Louis XVI. En dépit de leurs alliances et leur richesse, le couple n’est pas véritablement intégré au monde des courtisans dans les années 1780. (Anna Bellavitis, Laurence Croq, Monica Martinat, Mobilité et transmission dans les sociétés de l'Europe moderne, Presses universitaires de Rennes, 2009, p. 39.)

Les Grimod de La Reynière veulent cependant s’affirmer parmi les familles en vue au XVIIIe siècle. Mme de La Reynière accueille dans son salon des noms illustres des lettres et des arts. Son époux, Laurent Grimod de la Reynière s’installe en 1777 dans un nouvel hôtel de la place Louis XV, aujourd’hui place de la Concorde et actuellement Chancellerie de l’ambassade des Etats-Unis). Décrite par Thiéry dans son Guide des amateurs et des étrangers, la maison de Grimod de La Reynière devient rapidement célèbre, notamment grâce à sa très belle collection de soixante-treize tableaux où figurent les noms de Simon Vouet, Poussin, Le Sueur, François Lemoyne, Boucher, Joseph Vernet, Natoire, Fragonard, un Greuze, Lancret, Hubert Robert, Sébastien Bourdon, et pour l’école du Nord Rembrandt, Teniers, Dou, Cuyp. Son épouse Suzanne de la Reynière est elle-même amie de Mme Vigée-Lebrun, la célèbre peintre de Marie-Antoinette.

 

Admis comme associé libre honoraire de l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1787, il peut se prévaloir de connaître le monde de l’art et son hospitalité est légendaire. Le graveur de Wille rapporte ainsi dans son journal : « Comme depuis peu nous avions reçu M. de La 
Reynière à l’Académie, en qualité d’honoraire, il a trouvé bon et convenable de donner 
successivement à diner à ceux qui ont voix et le droit d’élire. Je fus donc invité aujourd’hui et me 
rendis à son hôtel. Le repas était magnifique. » (Gustave Desnoiresterres, Grimod de La Reynière et son groupe : d'après des documents entièrement inédits, Paris, 1877, p. 23).

Selon Neil Jeffares, auteur d’un dictionnaire des pastellistes en ligne, Laurent Grimod de La Reynière est lui-même artiste, auteur de copies au pastel d’œuvres de Greuze ou de Boucher. Son fils, le célèbre gastronome à la personnalité singulière, Alexandre Balthazar Laurent Grimod de La Reynière, auteur de l’Almanach des Gourmands et du Manuel des Amphitryons, épousera la petits-fille de Carle van Loo, célèbre peintre français.

À l’image de nombreux financiers qui lui sont contemporains, Laurent Grimod de la Reynière veut se constituer une collection de peintures, et c’est aussi cette tradition des familles aristocratiques que poursuit Caroline Costaz-Onslow, belle-sœur du propriétaire du château d’Aulteribe. Ici, elle rend hommage à sa mère, la comtesse Marguerite Alexandrine d’Ourches, au travers du souvenir de Suzanne de Jarente de la Reynière (1736-1815) épouse de Laurent Grimod de la Reynière. Sa mère a en effet été arrêtée pendant la Révolution avec sa tante, Suzanne de Jarente, qui l’héberge pendant la Terreur. Ce portrait témoigne ainsi des liens familiaux de la mère de Caroline Costaz-Onslow avec Suzanne de Jarente.

 

Louis Michel Vanloo (1707-1771), Portrait de Laurent Grimod de La Reynière (1734-1793). Huile sur toile, 85 x 68 cm. Paris, Collection particulière

© Wikipedia

Oeuvre à la loupe

Pour aller plus loin

Albert Babeau, « L’hôtel de La Reynière », Bulletin de la Société d’histoire, des VIIIe et XVIIe arrondissement, t. VI, 1904, p. 29-34.

Jean-François Delmas, « Le mécénat des financiers au XVIIIe siècle : étude comparative de cinq collections de peinture », Histoire, économie et société, 1995, n°1, p. 51-70.

Gustave Desnoiresterres, Grimod de La Reynière et son groupe : d'après des documents entièrement inédits, Paris, 1877.

Dumolin, « Signalement de la vente de l'hôtel Grimod de La Reynière », Commission du Vieux Paris, juin 1928, p. 138-139.

Autrice de la notice

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Morwena Joly-Parvex

Conservatrice du patrimoine

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La collection de peintures

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